La COP21 : good COP / bad COP ?

En ce début d’année 2016, tous les  quelques  peu de grands médias mondiaux ont la même question à la bouche : la COP21 a-t-elle été un succès ? Vous vous posez d’ailleurs peut-être la question, vous qui suivez les médias ! Le suspense était insoutenable depuis la dernière « Conférence des Parties » à Lima au Pérou : on se demandait si les « parties » allaient enfin prendre une décision importante pour l’avenir du monde. Seraient-elles enfin des « parties génitrices » dignes de ce nom ? Génitrices d’un accord mondial sur le climat, bien sûr.

Seul Matt Damon, sur Mars, et nos amis non-voyants, n'ont pas eu la chance de voir ce logo l'année dernière... | francebleu.fr
Seul Matt Damon, sur Mars, et nos amis non-voyants, n’ont pas eu la chance de voir ce logo l’année dernière. | francebleu.fr

Avant de répondre à cette question, reprenons les choses depuis le début, au cas où vous étiez sur Mars pendant toute la fin 2015, en train de manger des patates avec Matt Damon: qu’est-ce qu’une COP ? Et qu’est-ce qu’une « partie » ?

Bébé COP

Imaginez une conférence réunissant la plupart des pays du monde (les Nations Unies) pour parler de notre climat. Cette grande conférence serait organisée chaque année, à différents endroits du globe. Et tenez-vous bien, les pays y décideraient de faire des efforts pour diminuer leurs émissions de gaz à effet de serre ! Et bien cette conférence existe, et elle s’appelle COP (dites « Conference Of ze Partiz » si vous voulez vous la péter un peu). En effet, les pays ont un jour décidé qu’ils allaient se réunir tous les ans, pour parler du climat. Ils devaient sacrément s’ennuyer tous seuls dans leur coin, pour prendre cette décision non ? 😛

Disons plutôt que dans les années 1970, les gens normaux comme vous et moi, et les chercheurs, ont commencé à poser des questions légèrement embarrassantes à leur gouvernement : dites donc messieurs (oui, les gouvernements sont généralement des messieurs), qu’est-ce que c’est que ce climat qui se détraque ? Qu’est-ce que c’est que cette eau polluée ? Et cet air pas très pur ? Ce que les gouvernements ont entendu d’après moi, c’est plutôt : dites donc, on ne risque pas de sacrément perdre des sous si jamais toutes ces pollutions nous touchent plus que les autres pays ? Et alors là, les différents pays se sont mis d’accord pour se rencontrer et parler de ça. Ils se sont vus à Stockholm en 1972 pour parler d’environnement. Cela n’a pas donné grand-chose.

COP à Cabana

20 ans plus tard, les mêmes problèmes s’étaient évidemment accentués, et nos chers pays se sont remis autour de la table, à Rio de Janeiro. C’est là qu’ils ont décidé qu’il ne serait pas mal que notre développement soit « durable ». L’idée était que « l’amélioration » de nos vies ne mette pas en péril la vie des générations futures. On a déjà parlé de cette idée, surtout en ce qui concerne le climat ; vous savez, l’idée que notre consommation d’aujourd’hui a des effets de long terme sur notre environnement et donc sur nous plus tard. L’exemple dont je vous parle souvent, c’est qu’acheter un ordinateur rejette 1000 kg de CO2 dans l’atmosphère, et ces 1000 kg y restent plusieurs siècles ! Donc oui, il est bon de se poser la question de savoir comment adapter nos comportements d’aujourd’hui pour notre propre futur et celui des suivants.

Moi aussi je voulais participer au sommet de Rio pour l'environnement !! | en.wikipedia.org
Moi aussi je voulais participer au sommet de Rio pour l’environnement !! | en.wikipedia.org

A la fin des années 1980, les pays décidèrent que les chercheurs qui pouvaient apporter de la connaissance sur le climat devraient se réunir régulièrement pour produire des (gros) rapports sur l’état du climat, d’une part parce que de nouvelles recherches sur le climat montraient clairement que les hommes sont responsables de l’augmentation de l’effet de serre, d’autre part parce qu’il fallait quelque chose à se mettre sous la dent pour la réunion à Rio (d’autre que la Feijoada, ce fameux cassoulet brésilien), en 1992. C’est ainsi que le GIEC (Groupe d’experts Intergouvernemental sur l’Evolution du Climat) est né. Il s’agit d’un groupe international qui organise la recherche sur le climat, et qui est financé par les pays eux-mêmes. Depuis, ce groupe sort un rapport résumant les avancées de la recherche sur le climat tous les 4 ou 5 ans.

Bref, vous l’avez compris, tout était bien parti à Rio pour qu’un plan d’avenir soit fait sur le climat. Attention, je vous arrête tout de suite si vous pensez que ce plan d’avenir, c’était des décisions du genre : « on va limiter le nombre d’achats de voitures et construire plus de tramways et trains ». Non, pas du tout ; en l’occurrence, à Rio, il s’agissait d’un plan pour… mettre en place un plan. Du genre : « ce que je vous propose, c’est qu’on se voit régulièrement pour suivre le problème ensemble et réfléchir à ce qu’on pourrait faire si le problème devient vraiment… problématique. » Les COP étaient créées ! Une COP est une de ces réunions régulières qu’on a décidé de mettre en place au sommet de Rio. Et les « parties » ne sont ni plus ni moins que les différents pays qui se sont mis d’accord pour venir à ces réunions.

La COP est pleine

Alors, que s’est-il passé à la COP de Paris ? Comme d’habitude, les parties se sont réunies pour continuer leurs négociations, tranquille. Non, pas si tranquille, car Paris marquait la fin d’un cycle. A Paris, il fallait obtenir un accord pour que l’aventure des COP continue. Quoi, les parties en avaient marre de se voir ?? En fait, tout aurait déjà pu s’arrêter à Copenhague, en 2009… Reprenons un peu d’histoire pour comprendre l’enchainement des COP. C’est vrai, 20 COP ça fait beaucoup ; il a dû s’en passer des choses pendant les COP !

La COP 1 d’abord ?

La COP la plus importante, ça a été celle de Kyoto, la COP… 3, en 1997. Elle a été importante car pour la première fois les pays se sont mis d’accord sur un plan pour réduire leurs émissions de gaz à effets de serre. Evidemment, les pays se sont laissés du temps pour réaliser ce plan : ils se sont dit que la baisse des émissions serait mesurée entre 2008 et 2012. Ils avaient donc 11 ans pour faire des progrès, et ensuite le maître d’école passerait dans les différents pays pour vérifier ces progrès. Quelle serait la punition pour les mauvais élèves ? C’est simple, c’est juste que cela serait trop la honte (ou pas) de ne pas tenir son engagement ! Bon ce qu’il faut grosso modo retenir du protocole de Kyoto, c’est que globalement, il n’y a pas eu de progrès, et même les parties ont fait pire (nos émissions mondiales ont continué à augmenter). Mais bref, là n’est pas l’objet de ce post. Jusqu’en 2008, les pays ont commencé leurs efforts de préparation ; en 2007, lors de la COP 13, ils se sont dit qu’il faudrait peut-être prévoir quelque chose après 2012, pour continuer les « efforts ».

Moi aussi je voulais participer à la COP 3 à Kyoto !! | www.karlocamero.com
Moi aussi je voulais participer à la COP 3 à Kyoto !! | www.karlocamero.com

COPenhague

Copenhague (2009) devait justement être la COP lors de laquelle l’après Kyoto serait préparé. Le problème, c’est qu’à l’issue de la COP de Copenhague, la n°15, aucun accord n’était prêt… Alors quelques pays ont décidé qu’on continuerait à se voir, et qu’on essayerait de trouver un accord dont ils ont pondu un brouillon rapidement, pendant la nuit, tels des étudiants la veille de rendre un gros projet. Et bien on peut dire que l’accord de Paris est la version « au propre » du brouillon de Copenhague. Oui, 6 ans pour mettre au propre, c’est que le temps passe vite ! 😕

Moi aussi je voulais participer à la COP 15 de Copenhague !!
Moi aussi je voulais participer à la COP 15 de Copenhague !!

ParisCOPe

Vous l’avez donc compris, la grande réussite de l’accord de Paris, c’est qu’il a abouti à un truc propre, un vrai « accord ». Et figurez vous que dans cet accord, tout le monde a signé, et qu’il n’y a pas de séparation entre les pays développés et les pays en développement, comme c’était le cas dans le protocole de Kyoto. Autrement dit, tout le monde est chaud pour participer ! A-t-il été possible que toutes les parties se mettent d’accord pour faire un vrai effort ? Cela paraît incroyable, pour 195 parties ! L’astuce, car il y en a une, est simple ; il suffit de dire aux participants de faire ce qu’ils veulent. Et là, tout le monde est d’accord pour signer, malin ! 😎 Concrètement, il a été demandé à chaque pays de préparer une déclaration d’effort qu’il serait prêt à fournir pour protéger le climat. L’accord de Paris les force tout simplement à tenir les efforts qu’ils ont eux-même consenti à faire. Est-ce que c’est tant du foutage de gueule que ce que j’ai l’air d’en dire ?

Good COP

Pas tout à fait : déjà, les pays étaient tous d’accord pour dire que le climat méritait un effort. C’est un grand pas, car cela marque la fin du « climatoscepticisme », vous savez, ces pays qui font comme s’ils ne croyaient pas au dérèglement climatique parce que cela remet trop en cause leur mode de vie et leurs intérêts. D’autre part, cet accord permet de mettre tout le monde dans le bateau de la lutte contre le dérèglement climatique : chaque pays devra revoir ses efforts tous les 5 ans, et bien sûr les accentuer (encore une super astuce !). C’est très malin car cela permet aux pays d’augmenter leurs efforts en même temps qu’ils verront les dégâts autour d’eux ou chez eux, et/ou, sous la pression populaire. En d’autres termes, cela permettra de réagir plus vite.

Bref, cet accord est un grand succès diplomatique. Bon, pas tout à fait encore, car il faut que certains pays demande à leurs « habitants » (en fait, les représentants des habitants) s’ils acceptent l’accord de Paris (il faut que ces pays ratifient l’accord). A ce propos, une astuce a été trouvée à Paris (wow, la COP 21 a regorgé d’astuces !) : comme vous l’avez peut-être remarqué, cet accord n’est pas un protocole, ce n’est qu’un accord. Et bien cette subtilité permettra que le président des États-Unis fasse passer l’accord directement dans la loi américaine, sans même demander à ses habitants (alors qu’il aurait dû demander pour un protocole). C’est pratique dans ce pays où les représentants du peuple sont encore climatosceptiques ! 😉

Même la COP de Paris, je n'ai pas pu y aller... :(
Même la COP de Paris, je n’ai pas pu y aller… :(

Bof COP

Mais alors, une fois l’accord ratifié par les pays, qu’est-ce qui nous garantit que les pays joueront le jeu en vrai ? D’une part, les pays qui ne tiennent pas leurs efforts pourront se retrouver devant un tribunal pour les méchants pays (la Court Internationale de Justice) ; cette court est un tribunal assez sympa, qui essaye surtout de trouver des compromis pour que les pays soient copains entre eux. Si un des pays n’a finalement pas envie de faire les efforts promis et qu’il n’a pas envie d’être copain avec les autres, que se passera-t-il ? Et bien la grande force de l’accord de Paris est, comme pour le protocole de Kyoto, de mettre « la honte » aux pays qui ne jouent pas le jeu. Mettre la honte, cela veut dire que les habitants des autres pays, et sûrement certains habitants du pays qui ne jouent pas le jeu, auront les informations pour dénoncer ce pays, et ils auront un certain pouvoir de « forcer » ce pays à tenir ses promesses. Il s’agit d’un pouvoir « populaire », du genre, faire des manifestations ; et pourquoi pas aussi d’un pouvoir diplomatique à l’avenir, du genre isoler le pays qui ne joue pas le jeu en arrêtant de faire du commerce avec lui… Bref, la force de l’accord est de donner les informations et un certain pouvoir de pression contre ceux qui ne joueraient pas le jeu.

Cela dote en quelque sorte les pays d’un outil qui facilite leur déclaration d’efforts et associe ces efforts à une bonne image du pays. Imaginons que les hollandais, par peur de la montée des eaux chez eux, manifestent contre leur gouvernement pour que des lois soient prises en faveur du climat. Et bien la Hollande peut publiquement et fièrement déclarer qu’elle fera de gros efforts tout en mettant en place ces lois. Cela augmente les chances que d’autres pays l’imitent, et que des habitants d’autres pays manifestent aussi pour le climat.

Bad COP

Chaque pays s’est un petit peu creusé la cervelle pour dire l’effort qu’il avait envie de faire pour que notre climat se porte un peu mieux. Alors quel est le bilan en termes de climat, quand on additionne les efforts de chaque partie ? Pour l’instant, pas de chance : si chacun réussit à tenir ses efforts, notre climat continuera à complètement se détraquer (les experts estiment que le dérèglement atteindra un réchauffement moyen de 3,5°C par rapport à l’ère pré-industrielle, alors que l’objectif est de rester sous les 2°C, et qu’on en est déjà à 0,85°C). Ce que je veux dire, c’est que les efforts déclarés ne sont pas du tout à la hauteur du défi. Il va donc falloir compter sur la révision des efforts tous les 5 ans pour améliorer ce bilan.

En conclusion, cette COP a certainement été la meilleure COP qu’il était possible d’obtenir aujourd’hui, fin 2015. Elle est un cadre qui incitera les pays à prendre en compte le climat dans leur politique, et qui leur permettra de suivre au plus près l’évolution culturelle de leurs habitants sur le climat. Cela facilitera la remontée au niveau législatif national, des actions locales entreprises par les habitants, c’est-à-dire qu’il sera plus facile d’inscrire dans la loi d’un pays les avancées faites par ses habitants.

Une économie pas très carrée

Vous avez sûrement déjà entendu le topo rabat-joie : on gaspille, on jette des tonnes de choses utiles, et même pire, certains appareils tombent en panne alors qu’ils pourraient encore fonctionner (la fameuse « obsolescence programmée »… Brr, flippants ces mots !). Résultat : on consomme trop de matériaux par rapport à ce que la planète peut nous offrir, et c’est la cata assurée… Et là [illumination dans le ciel et voix de chœur], quelqu’un prononce les mots magiques : « économie circulaire ». Alors quoi ? Comment fonctionne-t-elle, cette économie toute en rondeurs ? Quel est donc ce sésame des temps modernes, nous ouvrant (ou pas ?) la porte à un avenir radieux ? Pourquoi cette économie n’arrive-t-elle que maintenant, si elle est si géniale ? Et surtout, est-ce si facile que cela de créer un cercle ? Il suffit juste de trier nos déchets et d’éviter quelques gaspillages pas vrai ? 😎

L'obsolescence programmée, certainement le pire de tous nos mots... :P
L’obsolescence programmée, certainement le pire de tous nos mots… :P

L’économie « normale »

Comme nous l’avons déjà vu, l’économie n’est qu’une immense machine à prendre des ressources et à les transformer pour que nous puissions les consommer. Regardons plus en détail comment cela se déroule :

L'économie normale ne ressemble pas à un carré, ni à un cercle, mais à une ligne !
L’économie normale ne ressemble pas à un carré, ni à un cercle, mais à une ligne !

On part bien de ressources naturelles, qu’on extrait du sol, de la forêt, de la mer, etc. On les transforme, on les distribue, et on peut enfin les consommer. Ensuite, on jette ce qu’on ne peut pas consommer, ou ce qui ne nous plait plus (parce que c’est cassé, ou parce ce n’est plus à la mode) : c’est la « fin de vie » du produit… Mais prenons un exemple pour illustrer ce type d’économie : votre iPhone.

Dans votre iPhone, il y a un peu de tout : des métaux, des terres rares, du plastique, du silicium… Il faut bien imaginer que tout ce qui se trouve dans votre iPhone était sous terre il y a à peine quelques années, sous forme de matières premières 😯 . Pour aller les chercher, il a fallu de gros engins de mine qui creusent, puis des usines qui traitent la terre pour obtenir des matériaux utilisables. C’est ce que j’ai appelé l’extraction.

Le bon coin... La bonne excuse pour ceux qui veulent changer de portable alors qu'il est encore nickel :P | http://www.leboncoin.fr/telephonie
Hihi, j’ai craqué sur le iPhone 15 alors j’ai revendu le iPhone 14 S++ 😛 | http://www.leboncoin.fr/telephonie

Ensuite, vient la transformation de ces matériaux. Chaque matériau va passer dans différentes usines pour être formé. Par exemple, le pétrole va être transformé en coque en plastique, le sillicium en carte électronique, etc. Des terres rares vont être utilisées dans l’écran tactile, et dans différents circuits électroniques. Un peu comme si on les saupoudrait dans le portable : un peu par-ci, un peu par là. Une fois que toutes les pièces sont prêtes, on peut les assembler pour obtenir un bel iPhone. Toutes ces étapes ont été résumées dans mon schéma par « transformation ».

Une fois le produit terminé, il faut l’emmener dans votre magasin préféré. Les camions s’en chargent. C’est ce qu’on appelle la distribution.

Et enfin, le moment qu’on attend tous : on peut enfin acheter et utiliser notre iPhone chéri !… 😀

Puis vient un jour où notre bébé s’use et tombe en panne, parfois peu de temps après que sa garantie se termine (les boules hein ? 😛 ). Pour d’autre, ce jour est le jour où ils découvrent un nouveau bébé bien plus sympa : l’iPhone N+1. Alors là, branle-bas de combat, il faut à tout prix vendre l’iPhone N sur Le Bon Coin, pour acheter l’iPhone N+1. On ne sait ensuite pas très bien ce qu’il arrive à l’iPhone N, mais ce qui est sûr, c’est qu’il tombera en panne un jour, et que le N+1 fera de même un autre jour.

Bref, nos belles ressources de départ finissent tristement à la poubelle. Dans l’économie normale, on les brûle puis on met les cendres dans des décharges. On peut aussi les mettre dans des décharges directement si on a la flemme. Puis on attend que le temps passe en espérant qu’il n’y ait pas de problèmes avec ces déchets. Facile quoi !

Et voilà nos déchets avant qu'on les mette dans le four... Adieu petit déchet ! | DTU environment
Et voilà nos déchets avant qu’on les mette dans le four… Adieu petit déchet ! | DTU environment

Evidemment, et vous commencez à avoir l’habitude sur ce blog, toutes ces étapes requièrent de l’énergie pour transformer les matériaux, les chauffer, les transporter, les souder, etc. Ce petit rappel est important pour comprendre pourquoi cette économie n’est pas notre championne pour le futur.

Cette économie est dite « linéaire », c’est-à-dire qu’elle va des ressources jusqu’aux déchets, dans un seul sens, en suivant la ligne du schéma. Présentons maintenant notre grande star…

L’économie circulaire 😎

Comme vous vous en doutez, l’économie circulaire n’a plus rien, mais alors plus rien à voir avec ce qu’on a connu auparavant 😛 . Descriptif :

Les hommes préhistoriques ont inventé la roue. Les hommes modernes ont inventé l'économie circulaire.
Les hommes préhistoriques ont inventé la roue. Les hommes modernes ont inventé l’économie circulaire. Les flèches jaunes représentent l’énergie qu’il faut apporter aux différentes étapes.

Tadaa !! Vous voyez, l’idée de l’économie circulaire, c’est qu’on continue à faire exactement comme avant… sauf pour la fin de vie de notre iPhone. Si vous avez tout suivi, cela veut dire que cela ne va rien changer pour moi, petit acheteur de portable, puisque ce n’est qu’après avoir jeté mon iPhone que les choses changent pour lui 😀 . Et ça tombe bien, parce que je n’aime pas beaucoup changer mes habitudes ! Mais concrètement, qu’est-ce qui change pour la fin de vie de nos objets ? Et bien il s’agit de les recycler après les avoir utilisés ; en un mot, recycler nos déchets. Et oui, la magie du recyclage, c’est que nos déchets deviennent une ressource ! :roll:

L’économie de ma grand-mère

Bon OK, je suis sûr que vous avez senti une pointe d’ironie de ma part lorsque je disais que c’était une idée magique et hyper novatrice 😉 . En vérité, ma grand-mère faisait déjà de l’économie circulaire lorsqu’elle gardait toutes les boîtes pour les réutiliser, ou lorsqu’elle faisait des serviettes de table avec les draps usés… Bref, c’est en fait de l’idée ancienne !

Mais alors, me direz vous, pourquoi a-t-on abandonné cette bonne vieille économie circulaire de grand-mère, si maintenant on veut la remettre en place version 2.0 ? C’est encore et toujours lié à notre sacro-sainte énergie. Souvenez-vous : lors de la révolution industrielle, des quantités d’énergie jamais atteintes auparavant sont devenues utilisables. D’un coup, on pouvait extraire et transformer des ressources pour un prix dérisoire ! A ce moment là, à quoi bon se casser la tête à tout garder et à tout réparer ? Il était devenu moins cher de racheter des objets neufs que de les réparer ou les réutiliser ! Et même, certains objets sont devenus si peu chers à fabriquer qu’ils sont devenus « jetables » : on en rachète des nouveaux à chaque utilisation.

Même les appareils photos étaient jetables au temps de l'économie linéaire ! |www.flickr.com, Janne Moren
Même les appareils photos étaient jetables au temps de l’économie linéaire ! |www.flickr.com, Janne Moren

Mais, comme nous l’avons vu, le temps de la fête prend fin, le mojito se tarit. Moins de pétrole disponible ; et les métaux, les terres rares, et autres matériaux sont de plus en plus difficiles d’accès, puisqu’évidemment on a déjà pris les plus faciles à extraire… Le résultat dans notre économie, c’est que les prix de toutes ces ressources augmentent, et ils font de plus en plus le yoyo (leur « volatilité » augmente). Le prix, c’est ce qui signale aux gens qu’il va falloir changer notre manière de faire, et c’est pour ça que l’économie circulaire redevient à la mode depuis une quinzaine d’années.

Une économie qui tourne comme une roue de vélo

L’idée globale de l’économie circulaire est donc louable. Elle permettrait de limiter la casse en faisant quelques efforts. Et oui, des efforts… Il va falloir mettre nos déchets dans les bonnes poubelles. Ha oui, et puis il va falloir construire des usines qui recyclent. Mais en fait, est-ce si facile de recycler ? Imaginons par exemple qu’on n’arrive pas à recycler 100% d’un matériau. On aurait alors une économie circulaire qui « fuit », en mode chambre à air percée 😕

Les fuites de l’économie circulaire

Imaginez par exemple que j’arrive à recycler les ¾ d’un matériau. Au bout du premier tour d’économie circulaire, j’en perds donc 25%, qui deviennent des déchets à tout jamais. Puis au second j’en perds encore 25% du restant, et idem au 3ème tour. Au bout de 3 tours, il ne me reste plus que 42% de mon matériau de départ. Bref, ça part vite dès qu’il y a une petite fuite dans mon économie ! Vous allez me dire, si mon tour d’économie dure 30 ans, c’est moins grave que s’il dure 1 an. Dans le premier cas, il me restera 42% de mon matériau au bout de 90 ans ; dans le second cas, il ne m’en restera plus que 5% au bout de 10 ans ! Vous voyez donc que l’économie circulaire marche mieux si elle a très peu de fuites, et si les objets durent longtemps.

Je parle de fuite comme ça, mais pourquoi y aurait-il des fuites dans cette belle mécanique ? Coup de chance, on fait déjà de l’économie circulaire en France pour certains matériaux. Donc on peut regarder si en vrai il y a des fuites 😎 . Le matériau le plus recyclé en France est le papier-carton. Cela est notamment du au fait que vous triez le papier-carton dans un bac à part. Alors tenez-vous bien, on recycle 60% de notre papier-carton, pas plus. Et c’est notre best of, notre top du top ! Pour le verre, c’est 50%. Donc apparemment, les fuites sont normales.

Est-ce qu’elles viennent du fait qu’on trie mal nos déchets ? Sûrement un peu. Mais les deux raisons principales à nos fuites sont que recycler n’est pas simple et que cela requiert de l’énergie 😕 Peut-on mettre une rustine à cette économie circulaire qui fuit ??

Une chambre à air poreuse !!

Par exemple, il y a tellement de plastiques différents (chaque marque d’eau en bouteille fait son plastique avec sa couleur et sa forme) qu’une fois dans la poubelle tout se mélange, et cela rend le recyclage très compliqué. Le résultat, c’est qu’en général une bouteille en plastique ne fera pas une nouvelle bouteille, mais plutôt une chaise de jardin. Et moi, perso, j’utilise plus souvent des bouteilles en plastique que des chaises de jardin. On dit dans ce cas qu’on a perdu la fonction du plastique. On passe d’un plastique très utile (une bouteille d’eau) à un plastique moins utile (une chaise de jardin).

Voilà le matériau de base d'une chaise de jardin recyclée |DTU Environment
Voilà le matériau de base d’une chaise de jardin recyclée |DTU Environment

De même, on ne sait pas recycler les objets « hi-tech ». Pourquoi ? Parce que la hi-tech, c’est des dizaines de matériaux différents mis ensemble dans un  tout petit espace. Les matériaux sont utilisés en des quantités si petites, et mélangés à d’autres matériaux, que ça demanderait une grande quantité d’énergie pour séparer les matériaux, et pour en récupérer si peu. Un peu comme si je vous demandais de récupérer un ingrédient particulier dans une part de gâteau ! On dit qu’on a fait un usage dispersif des matériaux, et on préfère parfois utiliser directement les matières premières extraites de la nature au début du cercle, c’est moins cher. Il existe donc des cas dans lesquels on a besoin de moins d’énergie pour extraire les matériaux du sol que pour les extraire de nos objets hi-tech. L’économie « linéaire » est privilégiée dans ces cas, pour des raisons d’énergie dans le fond.

Petit exercice de recyclage de jaune d'oeuf : séparez moi le jaune d'oeuf des autres ingrédients dans ce gâteau ! Pas si simple hein ? :P
Petit exercice de recyclage de jaune d’oeuf : séparez moi le jaune d’oeuf des autres ingrédients dans ce gâteau ! Pas si simple hein ? 😛 | pixabay.com

Mais n’oublions pas que nous avons de moins en moins d’énergie par personne ! La double contrainte à résoudre est la suivante : comment pouvoir recycler nos matériaux (puisqu’ils sont de plus en plus difficiles à sortir du sol) tout en utilisant peu d’énergie (car sinon le recyclage sera cher, et par conséquent nos objets aussi) ? Selon certains experts en ressources des matériaux, la meilleure solution est de concevoir nos objets hi-tech différemment, de manière à ce qu’ils soient facilement recyclables. C’est ce qu’ils appellent les « low-tech ». Cette nouvelle manière de concevoir s’appelle « l’éco-conception ». Les low-tech ont l’avantage de consommer moins d’énergie lors de leur recyclage :) .

L’économie circulaire v2.0

Résumons : pour que l’économie circulaire fonctionne, il faut qu’elle n’ait pas de fuite. Pour cela, il faut que les objets soient conçus différemment afin qu’ils soient recyclables le plus possible, et en utilisant peu d’énergie. Il faut aussi ralentir les « tours » d’économie circulaire. C’est-à-dire concevoir des objets qui durent longtemps, de bonne qualité, qu’on jette peu, et qu’on peut réparer facilement, donc modulaires.

Certains proposent aussi de mettre moins de matériaux dans le cercle de l’économie. Par exemple, limiter le gaspillage, cela signifie simplement acheter pile ce dont on a besoin, et pas plus. Donc extraire moins de matériaux en entrée de notre boucle. Il est aussi possible d’acheter des objets en commun, qu’on partage avec les voisins et les amis. L’idée est la même : au lieu d’acheter une perceuse chacun, on en achète une pour tout l’immeuble et on se la prête. On produit moins de perceuses, et donc on a besoin de moins de matériaux à l’entrée de notre cercle.

Alors, heureux ?? Et bien pas forcément… :roll: Toutes ces idées, concrètement, elles veulent dire quoi ? Pas seulement un peu de tri par-ci par là. Par exemple, mon iPhone sera sûrement moins beau et je ne pourrai pas le changer tous les six mois pour être à la pointe de la mode… Pire, il faudra que je le fasse réparer jusqu’à ce qu’il n’en puisse vraiment plus ! (Une startup s’est d’ailleurs lancée dans la conception du portable du futur, prometteur). Il faudra que j’aille voir mes voisins pour leur demander la perceuse et le marteau lorsque je veux faire des travaux. Il faudra que je réutilise mes sacs et mes boîtes pour aller faire mes courses… La vraie économie circulaire, c’est tout ça !

En bref, l’économie circulaire est un vrai gros changement, mais c’est un changement nécessaire car nous disposons de moins en moins d’énergie et de matériaux par habitant. Comme beaucoup des changements présentés dans ce blog, ce sont des changements vers un monde dans lequel les objets et la consommation auront forcément moins d’importance… Il faudra donc trouver d’autres raisons d’être heureux. Les enseignements de la psychologie pourront être utiles sur ce point, mais je fais aussi confiance à votre créativité pour imaginer la vie de demain 😉 .

C’est quoi l’énergie ??

Cela fait quelques temps que je parle beaucoup d’énergie dans ce blog, mais ô stupeur, je n’ai jamais expliqué ce que c’était ! Damned, zut, flûte, diantre ! :roll: Il est grand temps que je me rattrape… Et, sous la clameur générale, je vais en profiter pour développer un peu, et parler des énergies. Oui, vous savez, le solaire, la géothermie, la biomasse, l’éolien… Un tas de mots qu’on entend dans les journaux, qui comme souvent, font comme si leurs lecteurs étaient déjà des pros de l’énergie. Manque de temps pour traiter les sujets, manque de place pour les développer ? En même temps, on ne peut pas leur demander d’être experts dans tous les sujets qu’ils développent, ces pauvres journalistes ! C’est pourquoi il est important d’avoir quelques bases sur l’énergie, et sur LES énergies, pour suivre leur blabla.

Tu as déjà vu de l’énergie toi ??

Si vous avez quitté le lycée depuis plus de 6 mois, vous avez certainement oublié ce qu’était l’énergie (oui, on est tous pareils 😉 ). Et pourtant, sa définition est simple ! L’énergie, c’est un indicateur que quelque chose change. C’est tout ?? Et oui, j’espère que vous n’êtes pas trop déçus ! Prenez un truc, n’importe quoi, par exemple une carrosserie de voiture. Mettez un compteur d’énergie sur cette carrosserie. Vous allumez le moteur et vous accélérez, la carrosserie se met à avancer par rapport au sol. Les physiciens disent que sa quantité de mouvement (en gros, sa vitesse) change. Que dit notre compteur d’énergie : l’énergie de la carrosserie augmente ! Boum, vous vous prenez un mur et la carrosserie se déforme : une partie de son énergie augmente, car elle a changé de forme. Par contre, une partie de son énergie baisse car elle a perdu de la vitesse. Si votre carrosserie est un peu élastique, elle va reprendre un peu sa forme d’origine après le choc. Elle perd de l’énergie lors de cette transformation.

En creusant un peu, vous vous rendez bien compte que l’énergie, ça n’existe pas en soi. Personne n’a jamais vu « de l’énergie ». Par contre, c’est une création de nos physiciens qui leur est très utile pour parler entre eux et pour faire comprendre aux autres ce qu’ils observent autour d’eux. Un peu comme nos géologues qui ont créé les longitudes et latitudes sur le globe terrestre pour mieux se comprendre entre eux quand ils parlent de différents endroits sur terre. Par contre, personne n’a jamais vu une longitude se balader sur le sol de son jardin ! Donc, l’énergie, ça sert à parler de ce qui change autour de nous. Rien que pour ça, on peut presque ressentir, ou voir l’énergie, car on ressent les changements autour de nous. Par exemple, la sensation de chaleur sur notre peau, ce n’est rien d’autre qu’un changement de vitesse des molécules de notre peau (elles se mettent à s’agiter plus !), et les physiciens traduisent ça par un transfert d’énergie. Tout simplement :) .

On parle souvent de l’énergie comme d’un flux magique, qui passerait d’un objet à un autre (par exemple la chaleur qui passe d’un objet à un autre). Ou alors d’un flux qu’on pourrait aussi stocker (comme l’énergie contenue dans une batterie). En fait, l’énergie peut être stockée, mais aussi être transférée d’un stock à un autre. Dès qu’il y a un transfert d’énergie, c’est qu’il y a un changement. Par exemple, j’ai une bouteille d’un litre de pétrole. Il ne se passe rien. L’énergie est stockée dans le litre de pétrole. J’approche une flamme, la bouteille prend feu. Il y a une transformation (le pétrole brûle), et cette transformation s’accompagne par un transfert de l’énergie stockée, qui va du pétrole vers l’extérieur de la bouteille (c’est ce qu’on perçoit avec la chaleur, la lumière de la flamme, et la transformation des molécules de pétrole en CO2 et en eau).

Ho la belle transformation, avec un transfert d'énergie bien visible ! | By André Karwath aka Aka (Own work)
Ho la belle transformation, avec un transfert d’énergie bien visible ! | By André Karwath aka Aka (Own work)

Le Red Bull, c’est une source d’énergie ?

Assez de théorie, passons au concret, je sens que vous voulez des exemples ! Vous avez tous entendu parler de l’énergie éolienne. C’est l’énergie du vent, qui vient des molécules d’air qui se déplacent. On dit que c’est une source d’énergie, car on est capable de récupérer une partie du déplacement des molécules d’air, pour en faire quelque chose d’utile pour nous. Par exemple, les premières éoliennes s’appelaient des moulins à vent, et permettaient de transformer le déplacement des molécules d’air en mouvement de rotation d’une pierre sur une autre pour pouvoir moudre du grain ! J’insiste sur le fait qu’on parle de source d’énergie uniquement si on sait comment la récupérer. Prenez par exemple la fameuse formule E = mc², qui fait croire à certains qu’on peut récupérer autant d’énergie qu’on veut de n’importe quel objet 😎 . Ba oui, me disent-ils, ton stylo pèse 20 grammes, donc tu peux récupérer… [bruits de calculette]… l’énergie qui permet d’éclairer Nice pendant un an [sourire victorieux] ! Désolé pour les doux rêveurs, mais cette fameuse formule permet seulement de calculer l’énergie « E » qui a été émise lors d’une transformation d’un atome en un autre atome moins lourd que l’atome de départ (autrement dit, une transformation d’une matière en une autre matière moins lourde). Par exemple, elle permet de calculer l’énergie transférée pendant les réactions dans les centrales nucléaires. Par contre, une canette posée sur la table de la cuisine n’est pas une source d’énergie (sauf peut-être si elle contient du RedBull ? 😛 )

L'éolien, une nouvelle technologie qui date de plusieurs siècles... | Campo_de_Criptana_Molinos_de_Viento_1
L’éolien, une nouvelle technologie… qui date de plusieurs siècles 😛 | Campo_de_Criptana_Molinos_de_Viento_1

Justement, parlons de l’énergie du RedBull (la quantité d’énergie qu’il contient est même inscrite en calories sur la canette). Le RedBull est en quelques sortes une source d’énergie, car notre système digestif est capable de transformer les molécules contenues dans la boisson (les sucres notamment) en molécules qui vont pouvoir faire bouger nos muscles en se retransformant. Donc notre corps est capable d’utiliser cette source d’énergie pour faire des choses utiles (par exemple, danser longtemps sur le dance floor en boîte de nuit). C’est donc bien une source d’énergie ! Et c’est la même chose pour tous nos aliments.

LES énergies

Juste en bavardant un peu, on a déjà mis le doigt sur plusieurs types de sources d’énergie : l’éolien, le nucléaire, l’alimentation… Voici une liste de sources d’énergie dont on parle régulièrement dans les médias :

  • L’énergie géothermique : c’est l’énergie qu’on peut récupérer sous forme de chaleur et qui provient des rayonnements des roches dans les profondeurs de la Terre.
  • L’énergie solaire : c’est l’énergie transportée dans les rayons qui proviennent du soleil (et d’autres étoiles autour de la Terre).
  • L’énergie fossile : c’est l’énergie du charbon, du pétrole, et du gaz. On dit qu’elle est fossile, car il s’agit d’êtres vivants qui se sont décomposés il y a plus de 10 millions d’années.
  • L’énergie nucléaire : c’est l’énergie qu’on est capable de récupérer de la transformation des atomes autour de nous (il y a la fission nucléaire, quand les atomes se cassent en plusieurs parties, comme dans les phénomènes de radioactivité ; il y a aussi la fusion nucléaire, lorsque plusieurs atomes se regroupent pour en former un, comme les réactions qui se passent dans les étoiles, et donc dans notre Soleil).
  • L’énergie des vagues : c’est l’énergie contenue dans le mouvement d’ondulation des océans, j’ai nommé : les vagues ! 😛
  • L’énergie marémotrice : c’est l’énergie due au fait que la mer présente des marées, et donc que l’eau monte et descend naturellement.
  • L’énergie hydraulique : c’est l’énergie de l’eau qui tombe depuis une certaine hauteur.
  • L’énergie de la biomasse : c’est l’énergie contenue dans ce qui provient d’êtres vivants « non fossiles » (par exemple, le bois, les algues, le biocarburant, les bouses de vache du Larzac).
  • L’énergie éolienne : on en a déjà parlé, c’est celle du vent.
  • L’énergie des aliments : c’est celle de tous nos aliments, qu’on transforme en mouvements de nos muscles.
  • L’énergie maréthermique : c’est l’énergie qu’on peut récupérer car l’océan est plus ou moins chaud à différents endroits. Et je ne parle pas du petit pipi dans l’eau !
  • L’énergie osmotique : l’eau des océans contient du sel, alors que l’eau des rivières n’en contient pas. Et bien il se crée une force « d’harmonisation » entre les 2 (les deux eaux « veulent » se mélanger) à l’embouchure des rivières. Il est donc possible d’utiliser cette force pour produire de l’énergie.
  • L’énergie hydrolienne : c’est l’énergie des courants marins (c’est comme l’énergie éolienne, sauf que ce sont des molécules d’eau qui se déplacent, pas des molécules d’air).
L'énergie géothermique... Ca donne envie d'en avoir à la maison hein ? |Wikimedia commons
L’énergie géothermique… Ca donne envie d’en avoir à la maison hein ? |Wikimedia commons

Le nucléaire, c’est la vie ?

Le nucléaire… Beurk, me direz-vous, c’est sale !! 😝 Pas de bol, quasiment toutes les énergies que nous utilisons proviennent de près ou de loin du nucléaire !

Râ, le Dieu Soleil

Reprenons l’éolien. Si je vous disais maintenant que l’éolien, c’est juste du solaire sous une autre forme, est-ce que vous trouveriez pourquoi ?

L’éolien, c’est le mouvement des molécules d’air dans l’atmosphère, et ce mouvement est dû aux différences de pressions atmosphériques en différents endroits du globe (s’il y a moins de pression à un endroit, l’air veut y aller, il se déplace, et… c’est du vent !). Ces différences de pression sont simplement dues au fait que le soleil chauffe plus ou moins à certains endroits. Si j’arrête le Soleil pendant plusieurs années, progressivement l’atmosphère s’arrêterait de s’agiter. Le Soleil qui chauffe la Terre, c’est un peu comme le feu sous la casserole pleine d’eau : c’est cela qui met tout en mouvement, et qui fait bouger notre atmosphère et nos océans. Au final, vous vous rendez-compte qu’on peut dire la même chose pour l’énergie éolienne, que pour l’énergie maréthermique, l’énergie des vagues et l’énergie hydrolienne : elles proviennent de l’énergie solaire qui agite notre atmosphère et les océans.

Au passage, l’énergie hydraulique (celle récupérée par les barrages sur les rivières) est basée sur le fait que le Soleil chauffe l’eau et la fait monter dans l’atmosphère sous forme de vapeur, jusqu’à ce qu’il pleuve, et qu’on vienne récupérer cette eau gracieusement remontée par notre gentil Soleil. L’énergie hydraulique est donc aussi issue de l’énergie solaire ! L’énergie osmotique vient aussi du fait que le Soleil évapore l’eau des océans, en y laissant le sel.

Voilà un schéma qui a le mérite de montrer que le soleil fait un peu tout bouger sur notre planète !| www.e-education.psu.edu
Voilà un schéma qui a le mérite de montrer que le soleil fait un peu tout bouger sur notre planète !| www.e-education.psu.edu

Passons à l’énergie de notre nourriture. Par exemple l’énergie contenue dans le blanc de poulet du McChicken® que vous avez dans les mains. Cette énergie vient-elle du solaire aussi ? Non me direz-vous, on peut très bien élever les poulets dans le noir et quand même obtenir de la viande 😕 . Oui, c’est vrai… Par contre, il faut nourrir notre poulet avec du maïs, ou d’autres bons grains, comme le fait certainement McDo®. Les grains, vous le savez déjà certainement, se construisent grâce à la photosynthèse, c’est-à-dire l’utilisation de l’énergie solaire pour fixer le carbone par les plantes. Le maïs est par exemple très fort en photosynthèse, en tout cas plus fort que moi…. Une plante, c’est finalement une sorte de batterie solaire qui récupère de l’énergie solaire et la stocke sous forme de biomasse. Notre poulet se constitue en mangeant cette énergie solaire stockée. Et oui, mon McChicken®, c’est de l’énergie solaire ! 😮

Vous en conclurez facilement que l’énergie des aliments et l’énergie de la biomasse proviennent de l’énergie solaire. On peut aussi dire que les énergies fossiles sont des stocks d’énergie solaire constitués il y a fort longtemps grâce à la vie de l’époque (mais pour être précis sur les énergies fossiles, l’énergie de la Terre a aussi joué, en venant compacter, chauffer, et transformer nos êtres vivants fossiles).

Une technologie de récupération et de stockage conçue par dame nature il y a fort longemps : la photosynthèse ! | "Alnus incana rugosa leaves" by Quadell - inmygarden.
Une technologie de récupération et de stockage de l’énergie solaire conçue par dame nature il y a fort longtemps : la photosynthèse ! | « Alnus incana rugosa leaves » by Quadell – inmygarden.

Geb, le Dieu Terre

Venons-en à l’énergie de la Terre : la géothermie. Cette énergie provient du rayonnement nucléaire des roches radiocatives de la Terre, qui réchauffe les roches alentours. La géothermie, l’énergie des volcans, et l’énergie de la tectonique des plaques, ce sont donc des dérivées de l’énergie nucléaire.

Maintenant, dernière révélation : l’énergie solaire provient en fait de l’énergie nucléaire dégagée par les réactions qui se passent dans le Soleil, où de petits atomes fusionnent en plus gros atomes, en dégageant de l’énergie. Et là, bingo me direz-vous : toutes les énergies proviennent, à l’origine, de l’énergie nucléaire ! Toutes, vraiment ? Non, on n’a pas encore parlé de l’énergie marémotrice… C’est la seule qui n’a pas d’origine nucléaire. Mais d’où vient donc son énergie ? Pourquoi les marées ont-elles lieu ? Parce que le Soleil et la Lune attirent l’eau sur Terre, si bien que l’eau est plus ou moins haute en fonction du placement de la Lune et du Soleil dans la journée. On dit que c’est l’énergie gravitationnelle qui produit les marées. Petit détail amusant : plus on récupère cette énergie vite, plus les distances Terre-Lune et Terre-Soleil vont se réduire vite, puisqu’on vient utiliser de l’énergie gravitationnelle ! :roll:

C’est quoi une énergie renouvelable ?

Je sens que le détail amusant dont je viens de parler vous fait tiquer : si la Lune se rapproche de la Terre quand on prélève l’énergie marémotrice, cela veut dire qu’il arrivera un jour où il faudra arrêter d’utiliser cette énergie, pour ne pas courir à la catastrophe d’une collision entre la Terre et la Lune ! 😕

On dit qu’une énergie est renouvelable quand son stock se renouvelle plus vite que ce qu’on en prélève, ou de manière plus générale quand une source d’énergie est « inépuisable » par une quantité de gens donnée et une durée donnée.

Petit exemple : une forêt est une source de bois (biomasse) renouvelable si pendant qu’on prélève 100 kg de bois, au moins 100 kg de bois ont réussi à pousser ailleurs dans la forêt. Cela veut dire que la population utilise suffisamment peu de bois pour que la forêt lui paraisse inépuisable. Au contraire, les énergies fossiles ne sont pas renouvelables, car on est en train de tout utiliser en quelques siècles, alors qu’il faut au moins 10 millions d’années pour les reformer.

L’éolien, le solaire, l’énergie des vagues, et toutes les énergies qui proviennent du chauffage par le Soleil sont inépuisables dans le temps, car le Soleil va continuer à nous chauffer pendant encore un peu plus de 5 milliards d’années 😎 . Par contre, certaines énergies peuvent être intermittentes…

C’est quoi une énermie intergittente énergie intermittente?

Le solaire et l’éolien sont des flux d’énergie qu’il faut attraper au vol, sinon, dommage ! Ces flux nous parviennent, parfois non, et parfois partiellement. Par exemple, l’énergie solaire nous parvient la journée et d’autant plus s’il fait beau. La nuit, rien. L’éolien est intermittent aussi, mais en plus, l’arrivée du flux (le vent) est difficile à prévoir. L’hydrolien, par contre, n’est pas intermittent, car on connait des courants marins qui circulent en permanence.

C’est qui les cracks maintenant ?

Ce petit tour d’horizon sur les énergies qu’on peut trouver dans la nature, ses sources, ses stocks, et quelques unes de ses caractéristiques, devraient vous permettre de mieux comprendre ce que les journaux vous racontent à ce sujet. C’est aussi une bonne base pour sentir les limitations de chacune de ces sources d’énergie, et pour parler des technologies qui nous permettent d’utiliser ces sources d’énergie. Rendez-vous pour cela dans un prochain article ! :)

Pour les courageux qui veulent aller plus loin, voici un schéma qui résume tout ce que j’ai raconté dans cet article (comme quoi un schéma vaut bien des discours !). Il est issu d’une présentation qui en dit encore plus.

Le Peak Oil [Pykoïl] : n.m. pic pétrolier

Impossible de parler du monde actuel sans parler du fameux pic pétrolier, ou peak oil comme disent les experts et autres gens branchés. Oui, les gens branchés parlent beaucoup du peak oil. Ils débattent de ce sujet comme s’il s’agissait d’un sujet de la plus haute importance. Pourquoi ? Déjà, dans « pic pétrolier » vous reconnaissez le mot « pétrole », qui est un des mots clé pour comprendre notre monde. Le pétrole est une source d’énergie, et l’énergie est LA nourriture de base de notre économie moderne, qui, une fois toute cette énergie digérée, fait quelques rots et pets de pollution, qui viennent titiller notre climat. Et puis il y a le mot « pic »… J’en entends me suggérer que le pic pétrolier est sûrement un petit outil qui permettrait de trouver du pétrole en creusant des trous. Mauvaise réponse, car pour creuser des trous, les machines nous ont remplacé il y a bien longtemps ! 😉

Arrêtons de tourner autour du pot : qu’est-ce que le pic pétrolier ?

Pic pétrolier et pic d’alcoolémie, c’est la même chose ?

Imaginez un cocktail Mojito géant à partager avec vos amis, dans un grand verre plein de glace pilée, de menthe, et de citron. Chacun plante sa paille dans le grand verre, et sirote à son allure. Au début, le verre est plein de liquide alors la glace pilée ne gêne pas trop, et peu de feuilles de menthe viennent boucher votre paille. Le mojito est bon, tout le monde s’amuse, l’ambiance est au beau fixe :) . Et puis arrive un moment où petit à petit, imperceptiblement, l’ambiance se met à se crisper sans que vous sachiez vraiment pourquoi. De plus en plus d’amis commencent à faire du bruit avec leur paille car la glace pilée et les feuilles de menthe se coincent dedans. La discussion s’effiloche… En vous concentrant un peu sur ce qu’il se passe, vous vous rendez compte que ce qui plombe l’ambiance, c’est qu’il est de plus en plus difficile d’aspirer du cocktail !  Et tout le monde s’aperçoit que ce mojito à partager n’était pas si grand que ça… Ça va de pire en pire : voici déjà des amis qui aspirent le fond du verre en plantant leur paille le plus profond possible dans la glace pilée ! On entend des bruits d’aspiration par les pailles, qui font monter plus d’air que de cocktail. Certains essayent même de casser la glace en la touillant ou en enfonçant leur paille dedans par à-coups, histoire de récupérer les dernières gouttes de Mojito… Et puis c’est la fin, tout est bu !

Bon la scène est un peu caricaturée, mais avouez que cela se passerait globalement comme ça 😛 . Maintenant imaginez le scientifique de la bande vous dire qu’il a placé de petits capteurs dans vos pailles pour savoir combien de boisson chacun aspirait à chaque minute (bon ok, un peu bizarre votre pote :roll: ). Que verrait-il ? Sûrement quelque chose comme ça :

Données basées sur ma soirée du week-end dernier. On y voit clairement le pic mojito, localisé par l’étoile.
Données basées sur ma soirée du week-end dernier. On y voit clairement le pic mojito, localisé par l’étoile.

Et voila, vous venez d’assister à un « pic mojito » ! Plus précisément, le pic est situé au moment où le débit de mojito (c’est-à-dire la quantité de mojito aspirée chaque minute) a été le plus grand au cours de la soirée. Vous remarquez que la différence entre avant et après le pic n’est pas qu’il reste ou qu’il ne reste plus de mojito, mais plutôt qu’avant le pic on peut boire autant de mojito qu’on veut, alors qu’après, on ne peut plus en avoir autant qu’on en veut (sauf si on décide d’en vouloir de moins en moins, par exemple parce que la pina colada vient d’être servie et que les gens ne veulent plus de mojito).

Maintenant, remplacez le grand verre de mojito par l’ensemble des réserves naturelles de pétrole sur Terre, remplacez les pailles par des derricks d’exploitation du pétrole, ou par des plates-formes pétrolières sur la mer, remplacez la glace pilée par la roche poreuse dans laquelle on trouve le pétrole, et vous avez une illustration, certes un peu simplifiée, de ce qu’on appelle le pic pétrolier mondial. Remarquez qu’il y a un pic parce qu’on a une quantité donnée de mojito au début de la soirée (un grand verre, pas plus). Si le mojito pouvait se régénérer, alors il n’y aurait pas forcément de pic. Le pétrole qu’on trouve naturellement sur Terre est dans cette situation, puisqu’il faut au moins 10 millions d’années pour que du pétrole se forme sans qu’on ait rien à faire. Et oui, c’est l’une des raisons pour laquelle le pétrole naturel est si intéressant : c’est que personne n’a levé le petit doigt pour qu’il se fabrique. Par contre, ça prend du temps à se fabriquer tout seul…  Donc, à notre petite échelle, la Terre possède un stock de pétrole donné au début de la soirée, pas plus. C’est pour ça que tout le monde sait qu’il va y avoir un pic pétrolier. Là-dessus, les spécialistes sont tous d’accord. Par contre, les gens en débattent tant parce qu’ils ne sont pas d’accord sur le moment du pic, et sur sa hauteur.

Un pic ? Mouais, et alors.. ?

Vous allez me dire, tout le monde se fiche de savoir quand a eu lieu le pic mojito de ma dernière soirée, et tout le monde se fiche de sa hauteur. Alors pourquoi autant de débat sur le pic pétrolier ? On l’a déjà vu, le pétrole est le carburant principal de notre économie. Un coup de mou dans l’économie européenne qui dure plus de 3 ans ? Cherchez l’explication du côté du pétrole 😛 ! Politiquement et socialement parlant, un pic pétrolier demain, ou un pic pétrolier dans 100 ans, ce n’est pas du tout la même chose. Car si le pic arrive demain, cela veut dire qu’il est très tard pour commencer à réfléchir à comment se passer de pétrole « naturel ». Donc une économie non préparée (comme la notre) se mettrait à piquer du nez, avec le pouvoir d’achat et les emplois qui vont avec. Si le pic est dans 100 ans ou plus, on a encore le temps de prévoir cet « après-pétrole » (qui viendra forcément un jour) en perfectionnant d’autres sources d’énergie par exemple.

Alors que disent les « spécialistes » qui débattent sur le pic pétrolier ? En simplifiant, on peut dire que les ingénieurs (surtout ceux qui ont les mains dans le cambouis, c’est-à-dire les ingénieurs qui s’occupent de l’environnement et ceux qui s’occupent de trouver et d’aspirer du pétrole), et de plus en plus d’économistes (ceux qui regardent les gros sous que les gens investissent dans les activités liées au pétrole) pensent que le pic pétrolier est déjà passé en ce qui concerne le pétrole « conventionnel ». Le pétrole conventionnel, c’est celui qui est facile à aller chercher et à aspirer, donc c’est celui qu’on aspire depuis déjà bien longtemps. Un peu comme si lors de ma soirée il y avait le grand verre directement servi sur la table, pratique à boire, mais aussi du mojito servi dans de larges assiettes plates. Evidemment, on commencerait à boire le verre avant d’aller lécher tant bien que mal le mojito sur les assiettes plates. C’est la même chose pour le pétrole.

Champs d'anciens derricks en Azerbaidjan. Et oui, le pic arrive aussi pour chaque puit de pétrole individuel ! | http://kids.britannica.com/
Champs d’anciens derricks en Azerbaidjan. Et oui, le pic arrive aussi pour chaque puit de pétrole individuel ! | http://kids.britannica.com/

Grand show de yoyo pétrolier pour la seconde partie de soirée ! :)

Il se trouve que ce beau pétrole servi dans un grand verre sur la table (le pétrole conventionnel) a déjà passé son pic (pas de bol hein, on a raté le début de soirée !). L’avantage de ce pétrole, c’est qu’il n’est pas cher en soi, puisqu’il faut passer peu de temps à l’aspirer puis à le vendre. Une fois le pic de « pétrole pas cher » franchi, on n’arrive plus à faire sortir autant de pétrole qu’on voudrait pour satisfaire le débit consommé par les gens. Cela crée un écart entre l’offre (qui augmente moins vite qu’avant) et la demande (qui augmente toujours autant) et cela fait grimper les prix du pétrole. Qu’est-ce que cela change pour nous ?

Attention : le passage technique de cet article

Voilà une question un peu technique (à zapper si vous n’avez pas bien dormi la nuit dernière), mais importante pour comprendre ce que notre économie est en train de subir en Europe, et pour comprendre ce que quelques spécialistes prévoient pour la suite. Cette augmentation du prix car on approche du pic de débit de pétrole conventionnel a deux effets :

  • Elle tend à ralentir la demande (les gens ne peuvent plus se permettre d’acheter autant de pétrole que ce qu’ils avaient prévu). Là, cela mène à deux chemins possibles : soit les entreprises trouvent des solutions pour produire ce qu’elles avaient prévu mais en utilisant moins de pétrole que prévu, soit, directement, elles produisent moins que prévu (et chaque produit vaut plus cher). Le premier chemin est le plus séduisant, mais c’est celui qui requiert le plus de temps : il faut modifier la manière de produire certaines pièces, changer des machines, et y réfléchir sérieusement avant d’entreprendre ce changement. Ce qu’on peut dire de manière générale, c’est que l’augmentation du prix du pétrole mène à un affaiblissement de l’économie (on produit moins), mais aussi, un peu plus tard, à un changement de la manière de travailler pour prendre en compte le prix élevé du pétrole.
  • Cela tend à faire accélérer l’offre, car des sources de pétrole bien connues mais difficiles d’accès deviennent rentables à exploiter. C’est le cas des pétroles de schistes ou des sables bitumineux, ou encore du pétrole « off-shore profond », c’est-à-dire du pétrole qu’on extrait profond sous le sol marin. En gros, ce qu’il se passe est que les entreprises pétrolières savent à peu près combien va leur coûter l’extraction de ce pétrole peu accessible (par exemple, 50€/baril), si bien qu’elles attendent que le prix du pétrole soit suffisamment élevé (par exemple, 90€/baril) pour se lancer dans l’extraction (pour récupérer 40€/baril dans notre exemple). Cela prend bien sûr du temps, car il faut creuser de nouveaux puits, donc installer les infrastructures (routes, ponts, derricks, oléoducs, plates-formes pétrolières…) qui le permettent.

Pas forcément très simple à visualiser tout ça… :roll: Ce qu’il faut garder en tête, c’est qu’une grosse augmentation du prix du pétrole mène à un ralentissement de l’économie, et elle pousse à aller chercher du pétrole plus difficile d’accès. Cependant, on voit que l’accélération de l’offre (en allant chercher du pétrole plus difficile d’accès) arrive plus lentement que la décélération de la demande (l’économie qui ralentit). Cela mène au mécanisme suivant, qui nous attend certainement pour les prochaines années :

  • Repartons du début : le pic du pétrole conventionnel est franchi, donc le prix du pétrole augmente (c’est ce qu’il s’est passé en 2008).
  • Les entreprises pétrolières investissent dans de nouveaux puits de pétrole peu accessibles. Pendant ce temps, l’économie ralentit, plus ou moins selon les régions du monde (c’est ce qu’il est arrivé à l’Europe entre 2008 et 2014). Le prix reste élevé.
  • Lorsque les nouveaux puits ouvrent (c’est ce qu’on a appelé aux U.S. la « révolution du pétrole de schiste »), l’offre augmente alors que l’économie a ralenti. Cela crée un écart entre l’offre et la demande, si bien que le prix du pétrole chute (fin 2014).
  • Les entreprises pétrolières arrêtent d’exploiter leurs puits de pétrole non-conventionnel, qui ne sont plus rentables lorsque les prix sont bas. Pendant ce temps, l’économie repart.
  • Lorsque l’économie produit à nouveau trop par rapport aux sources de pétroles disponibles à ce bas prix, un nouvel écart offre-demande apparaît, et on se retrouve au point 1 pour un nouveau tour de manège.
Illustration de la production en haut), et du prix en bas) du pétrole | www.manicore.com
Illustration de la production en (haut), et du prix (en bas) du pétrole. Ca yoyotte à fond ! | www.manicore.com

Pic subi, ou pic choisi ?

Au final, vu de loin, on n’aura pas un beau pic pétrolier bien pointu, mais plutôt une montée, suivie d’un plateau, les deux étant en tôle ondulée parce que la production oscillera en fonction du prix du pétrole : une plus forte production lorsque le prix sera élevé, et une production plus faible lorsque le prix sera plus bas. Et remarquez que le prix « bas » de ce plateau oscillant sera toujours plus élevé que le prix du pétrole conventionnel qu’on connaissait avant 2003. Ca, tout le monde est d’accord pour le dire : fini le pétrole pas cher ! :roll:

Et puis il y a bien sûr des gens plus optimistes (pour la plupart, des économistes) qui pensent que nous ne subirons pas le pic pétrolier (le pic total, c’est-à-dire celui du pétrole conventionnel + les autres sources de pétrole « non conventionnel »), car ce pic est suffisamment loin de nous. Ainsi, nous aurons le temps de transformer notre monde pétrolier en monde sans pétrole. Ils pensent par exemple que les lois du marché nous mèneront tout naturellement à choisir les énergies renouvelables qui ne seront plus chères du tout lorsque le prix du pétrole sera trop cher :) . Ils pensent donc que les industries pétrolières ne pourront même plus exploiter le pétrole difficile d’accès : il sera trop cher par rapport aux énergies renouvelables. Bref, d’après eux le plateau en tôle ondulée ne durera pas car on n’aura progressivement plus besoin de pétrole.

Alors qui a raison ? Cet article est déjà trop long pour en parler, mais la réponse se trouve en partie dans notre connaissance actuelle des sources d’énergie alternatives au pétrole. Autrement dit, est-on sur la bonne voie en termes de fonctionnement de l’économie et en termes de nouvelles technologies pour éviter de se prendre le pic en pleine face ?

C’est quoi un prix ?!

On se demandait ici pourquoi le prix du pétrole faisait le yoyo. Avant de répondre à cette question, il faut d’abord voir ce que le prix du pétrole « cache » [gros suspense !]. Avec le prix, on ne voit certes qu’un nombre qui ne nous dit vraiment pas grand-chose sur son origine, mais le prix contient en fait une véritable pyramide d’éléments. Comme personne ne sait vraiment ce qu’il y a derrière un prix, les entreprises peuvent faire tout et n’importe quoi pour que ce nombre baisse coûte que coûte, et peu importent les externalités. Bien sûr, ces entreprises se gardent bien de nous expliquer comment sont construits leurs prix. C’est pour cela qu’on découvre parfois avec grande surprise que certaines entreprises font en fait travailler des gens (parfois des enfants, et là ça fait un scandale) dans des conditions pas très sympas. Alors pourquoi certaines choses valent-elles plus chers que d’autres ? Que se cache-t-il dans le prix des choses ?

Les gens « de base » : travailler + pour gagner +

Partons d’un objet simple : un vase fait artisanalement par un souffleur de verre qui vivrait dans le désert. Appelons-le Patrice (le souffleur, pas le vase). Pour faire son vase, notre artisan Patrice a besoin de sable blanc, ainsi que de quelques autres « ingrédients », qu’il fait fondre et qu’il souffle à l’aide de sa canne de souffleur. Il doit bien sûr récompenser son travail par un salaire, et il doit acheter le sable blanc.

Patrice en action !
Patrice en action !

Imaginons que ce sable a été durement ramassé dans le désert par Luc, un de ses amis. Pat’ a donc du payer Luc pour avoir du sable (remarquez au passage que l’argent que Pat’ donne à Luc a uniquement servi à payer le travail de Luc, et non pas à payer le sable, qui est offert gratos par le désert 😎 ). Patrice a aussi du payer le travail de l’artisan qui a fabriqué sa canne de souffleur. Au final, dans le prix du vase, on trouve les salaires de tous ceux qui ont travaillé pour fabriquer les outils nécessaires à la fabrication du vase (c’est le prix du travail « passé »), et on trouve les salaires de Luc et de Patrice (le prix du travail présent). Si le sable était dans une zone appartenant à quelqu’un, il aura aussi fallu que Luc paye un « droit d’exploiter » le sable de la zone. On trouverait aussi le prix de cette taxe d’exploitation dans le prix du vase.

Luc n'est pas prêt d'être au chômage, avec tout ce sable !
Luc n’est pas prêt d’être au chômage, avec tout ce sable !

En définitive, le prix du vase contient les salaires de tous ceux qui ont contribué à sa fabrication, et rien d’autre. Le prix paye donc du travail humain, présent ou passé, et non pas la planète qui nous fournit gratuitement les ingrédients de base 😯 .

L’Etat : Taxer + pour gagner +

Maintenant, compliquons les choses : disons que notre vase est produit non plus dans un désert perdu, mais en France, et ajoutons que ce vase est vendu en France. Le prix de mon vase va alors contenir des taxes (par exemple la fameuse TVA) de l’Etat français. C’est un des moyens qu’a l’Etat de prélever des sous pour faire fonctionner le pays.

Les rentiers : Avoir + d’argent pour gagner +

Dorénavant, notre vase n’est plus fabriqué artisanalement, mais industriellement, par une grande entreprise. Alors une partie du prix va terminer dans les poches… de l’entreprise, même si ce n’est pas une personne ! Ce n’est que temporaire bien sûr, car l’entreprise va utiliser cet argent :

  • soit pour récompenser par des dividendes ceux qui ont donné de l’argent à l’entreprise (c’est-à-dire ceux qui ont « investi » dans l’entreprise, pour qu’elle puisse acheter de matériel, ou embaucher),
  • soit pour rembourser les intérêts qu’elle doit aux banquiers (qui font ainsi payer le service d’avoir « prêté » de l’argent),
  • soit pour payer de futurs employés qui travailleront sur de nouveaux projets.

Le prix du vase contient donc toujours les salaires des travailleurs, mais aussi les dividendes de ceux qui ont investi de l’argent dans la fabrication du vase, et les intérêts des banquiers qui ont « prêté » de l’argent à l’entreprise. On remarque ici que l’argent, en plus d’acheter du temps de travail humain présent ou passé, peut aussi acheter… de l’argent dans le futur ! :roll:

Le taux de change

Et enfin, imaginons que l’entreprise produisant les vases soit dans un autre pays. Il faudra éventuellement payer des droits de douane pour pouvoir transférer le produit entre les deux pays, et il faudra éventuellement changer de monnaie pour pouvoir acheter le produit dans la bonne monnaie. Dans ce cas, il faut acheter de la monnaie étrangère en utilisant un taux de change, pour pouvoir payer grâce à cette monnaie étrangère. Le taux de change étire ou contracte en quelque sorte le prix final.

Alors, ce prix de l’essence ?

Ça y est, nous avons fait le plus dur ! Entrons directement dans le vif du sujet : le prix de l’essence ! Voici à titre explicatif les différentes choses que contient le prix de l’essence.

Voici un camembert qui décompose grossièrement vers quoi vont 1,47€ d'essence. | Données basées sur http://www.manicore.com/
Voici un camembert (qui pue) décomposant grossièrement qui reçoit quoi quand on achète 1,47€ d’essence. | Données basées sur http://www.manicore.com/

Dans ce diagramme, les taxes d’exploitation sont ce que reçoit le pays dans lequel on a exploité le pétrole (par exemple, la Russie ou le Qatar), le travail humain est le travail fait par le type qui tient la station service, le camionneur et l’équipe du supertanker qui ont transporté l’essence, l’équipe qui gère le puits de pétrole, etc. Le travail humain passé est le travail qui a permis de construire le camion, le supertanker, les pompes à essence, la station-service, les infrastructures autour du puits de pétrole pour pomper… L’argent du passé, ce sont les dividendes des actionnaires des différentes entreprises et les intérêts payés aux banquiers qui ont prêté de l’argent.

La loi de l’offre et de la demande

Maintenant qu’on a tout ça en tête, pour encore mieux comprendre les prix, il faut parler de la fameuse loi de l’offre et de la demande. Cette loi dit que plus la demande est grande par rapport à l’offre, plus le prix monte. Et vice versa, plus l’offre est grande par rapport à la demande, plus le prix baisse.

Petite traduction… La demande en pommes par exemple, c’est le nombre de pommes que veulent acheter l’ensemble des gens qui veulent des pommes. L’offre, c’est la quantité de pommes que l’ensemble des gens veut bien mettre en vente. S’il y a trop de demande, les vendeurs de pommes augmentent leur prix tout en trouvant encore des acheteurs. Cela élimine d’autres acheteurs qui ne peuvent plus se payer de pommes ! Et cela convainc éventuellement de nouveaux vendeurs de vendre des pommes.

Voilà un exemple où la loi de l'offre et de la demande nous dit que les prix vont être... élevés ! Ce n'est pas un hasard si le Qatar rachète les clubs de foot français ;) | www.quiperdgagne.fr
Voilà un exemple où la loi de l’offre et de la demande nous dit que les prix vont… grimper ! Ce n’est pas un hasard si le Qatar rachète les clubs de foot français 😉 | www.quiperdgagne.fr

Cette loi nous donne donc dans quelle direction le prix va aller. Ce que cela veut dire, c’est que notre camembert du prix de l’essence peut devenir globalement plus gros s’il y a beaucoup de gens qui veulent de l’essence par rapport à la quantité d’essence qui est en vente. Le prix gloabl augmente ! Au final les pays producteurs touchent plus d’argent par la taxe d’exploitation, les salaires des gens qui ont travaillé pour obtenir notre essence augmentent, les banquiers se font rembourser plus rapidement, et on peut offrir plus de dividendes aux investisseurs. Au contraire, si la demande est plus faible que l’offre, les prix baissent, et notre camembert se contracte…C’est ce qu’il se passe en ce moment avec le pétrole ! Mais après ces quelques bases sur le prix des choses, le prix du pétrole mérite une explication en détail dans un prochain article ! 😛

Les carottes au Venezuela, ou comment le prix du pétrole a chuté

Vous en avez sûrement entendu parler à la télé, le prix du pétrole fait n’importe quoi en ce moment. Il était bien tranquillement au sommet de la montagne depuis plus de 3 ans, et là il se lâche. Un vrai saut à l’élastique, une chute vertigineuse de 100$ à 50$ en 6 mois 😯 . Tout le monde est content bien sûr. Les américains se remettent à acheter de grosses voitures qui consomment à fond 😎 . La Chine fait des stocks de pétrole pour pouvoir tenir 100 jours coupée du monde (ça ne représente pas grand-chose rassurez-vous, juste 680 millions de barils. En gros, c’est comme si on plongeait entièrement la ville de Lyon sous 2 m de pétrole). Grâce à la baisse du prix du pétrole, l’Europe va peut-être même retrouver ses supers pouvoirs et la croissance revenir magiquement !

Le prix du pétrole fait du saut à l'élastique, et ça crée des sensations ! | http://prixdubaril.com/
Le prix du pétrole (ici en $) fait du saut à l’élastique, et ça crée des sensations ! | http://prixdubaril.com/

Tout le monde est content ? Vraiment ? Hé non, il y a évidemment des ronchons, comme toujours lorsqu’une bonne nouvelle est annoncée. Les pays qui vendent du pétrole, par exemple, se plaignent. Forcément, avant ils nous vendaient leur pétrole à 100$ le baril alors que maintenant il n’est plus qu’à 50$ ! Dur dur pour les pays dont le pétrole représente une source d’argent (une rente) importante. Les spécialistes en géopolitique s’amusent à deviner lequel de ces pays est le plus en difficulté face à cette chute du prix. Ce qu’ils regardent en particulier, c’est le prix du baril sur lequel les gouvernements ont prévu leur budget. Au moment de calculer leur budget, les gouvernements exportateurs de pétrole ont prévu qu’ils gagneraient beaucoup de sous grâce au prix élevé du baril. Sauf qu’en cours de route le prix chute et leur budget devient tout faux. Ils gagnent deux fois moins de sous que prévu, hum, comment dire… oups la petite erreur ! :roll: Résultat, ils doivent s’endetter encore plus que d’habitude pour pouvoir continuer à mener leur politique. Citons quelques exemples :

  • la Russie avait prévu un baril aux alentours de 100$. Et pas de bol pour la Russie, sa rente pétrolière représente presque la moitié de l’argent reçu par le gouvernement (c’est-à-dire que le gouvernement russe gagne la moitié de son argent grâce à la vente du pétrole)… Vous avez peut-être entendu parler de la chute du Rouble, la monnaie locale. Se pourrait-il qu’il y ait un lien entre cette chute surprise et la chute du prix du pétrole ? Et bien vous comprenez que si le Rouble valait 0,03$ en juin (1$ valait 33,33Rb), quand je vendais mon baril à 100$, je recevais 3333 Rb. Aujourd’hui, le baril ne vaut plus que 50$, mais le rouble ne vaut plus que 0,015$. Donc en tant que russe, je reçois… toujours 3333 Rb ! 😎 Cette coïncidence n’explique par pourquoi le Rouble a chuté en même temps que le prix du pétrole ; ceci pourrait faire l’objet d’un petit article bonus.
    Hum, il y a comme une légère ressemblance entre le cours du Rouble par rapport au dollar et le cours du prix du pétrole... Y aurait-il un lien ?
    Hum, il y a comme une légère ressemblance entre le cours du Rouble par rapport au dollar, représenté par cette courbe, et le cours du prix du pétrole… Y aurait-il un lien ?

    Bon vous vous doutez bien que pour la vie de tous les jours ce changement de la valeur du Rouble mène à d’autres complications. Autant permet-il de gonfler les prix de ce que le pays exporte, autant cela marche exactement dans l’autre sens quand il importe des produits. Par exemple, le prix de l’iPhone en Russie a doublé pendant la même période. Beaucoup de russes sont d’ailleurs allés chez IKEA refaire le plein de meubles en voyant que les prix des produits étrangers allaient continuer d’augmenter, et donc que leur argent perdait de la valeur ! C’est un bel exemple d’inflation, et les russes y ont réagi en convertissant leur argent en biens matériels durables (voitures, meubles, qui conservent leur valeur quelques années) ! Voici un mini reportage belge sur le sujet.

  • Passons au Venezuela, un autre pays exportateur de pétrole. Le Venezuela a prévu, pour avoir un budget équilibré, un prix du baril supérieur à 100$ (certains disent que son budget serait équilibré pour un baril à 120$ !). Le gouvernement est tellement dépendant des ventes de son pétrole (c’est 45% du budget de l’Etat) qu’il va être très difficile pour lui de payer ses dettes. Dans ce pays qui a officiellement les plus grandes réserves de pétrole au monde (la classe !), le prix de l’essence à la pompe était le plus bas au monde (environ 2 centimes€/L !!) grâce aux subventions du gouvernement. Mais tout cela est terminé, car le gouvernement a décidé de réduire ces subventions. Et concernant les biens importés, on observe le même effet qu’en Russie, mais en bien pire. L’iPhone est passé à… plus de 11 000$ 😯 et le kilo de carottes à presque 20$.
    Quelques carottes au prix vénézuélien... Sans commentaire :s | http://widerimage.reuters.com/
    Quelques carottes au prix vénézuélien… Sans commentaire :s | http://widerimage.reuters.com/

    Certains produits sont très difficilement importés, alors les habitants sont rationnés et font la queue des heures et des heures pour avoir du papier toilette ou du dentifrice. Je paye moins cher à la pompe, la conséquence est qu’à l’autre bout du monde des gens manquent de papier toilette : c’est la magie de notre monde mondialisé ! 😕

  • On peut parler de l’Arabie Saoudite, qui fait elle aussi des pertes par rapport à son budget prévu. Mais à l’inverse des deux exemples précédents, l’Arabie a suffisamment d’argent en stock pour tenir ce régime mincissant pendant au moins 3 ans. Donc tout baigne (dans le pétrole) pour elle !

Vous le voyez, le prix du pétrole fait toujours des heureux et des moins heureux ! Mais je sens que plusieurs questions vous brûlent les lèvres : pourquoi le prix du pétrole a-t-il soudainement baissé comme ça ? Que disent les spécialistes sur la suite des événements ? Les prix resteront-ils si bas pendant encore longtemps ? On verra dans un prochain article les liens entre la croissance et le prix du pétrole, ce qui est important pour comprendre ce qu’il se passe, et donc pour essayer de prévoir ce que le futur nous réserve ! 😉

Just do it… Tant que le pétrole n’est pas trop cher !

C’est bien connu, dans notre monde, et à notre époque, plus rien n’est impossible. D’ailleurs, les plus grandes entreprises du monde sont d’accord avec moi. « Just do it ! », nous dit Nike. Traduisez : « Hé, si t’as envie de faire quelque chose, arrête de réfléchir et fais-le ! ». Et comme je ne suis pas bête, je comprends que tout est possible, puisqu’il suffit que j’en ai envie pour pouvoir réaliser toutes les choses. En définitive ma seule limite est mon imagination ! Adidas disait même directement : « Impossible is nothing », c’est-à-dire : « l’impossible n’est pas grand-chose pour toi, porteur de chaussures Adidas ! ». Bref, notre société et notre système économique font tout pour nous faire croire que toutes nos envies sont réalisables (surtout si on achète les chaussures Adidas). Et nous forcément, on y croit ! Parce que c’est beau de rêver, ça fait du bien de se croire tout puissant. Par contre, quand on enfile enfin les fameuses chaussures Adidas, il ne se passe pas grand-chose de plus qu’avec d’autres chaussures… Quand j’achète la nouvelle SEAT, avec son slogan « auto emocion » (« Waou, ressens plein de trucs fous avec notre voiture SEAT ! »), je ressens une super vitesse que je ne ressens pas avec mes chaussures Adidas. D’ailleurs je peux carrément dire qu’avec mes chaussures Adidas, il m’est impossible de promener mon chien à pieds à 60km/h (et heureusement pour lui, sauf si je lui ai aussi acheté les mêmes chaussures !). Avec ma SEAT, je peux promener mon chien à 60km/h, il suffit que je le prenne avec moi dans la voiture 😉 .

Un monde où tout est possible : le rêve quoi !

Alors comment se fait-il qu’on nous dise à longueur de journée que tout est possible, alors qu’il est par exemple impossible de courir à 60km/h avec des chaussures Adidas ? (Si vous y arrivez, envoyez-moi votre vidéo ! Je la posterai sans faute dans cet article, et c’est la gloire assurée !) Il faut bien sûr se rappeler de notre petite histoire de l’énergie. Cela fait plus de 150 ans que notre monde change de plus en plus vite. On pense souvent à la technologie et à l’innovation pour expliquer le progrès, mais on a vu que les inventions étaient « juste » de supers idées pour réussir à utiliser de l’énergie de la bonne manière. Par exemple, un vélo est une invention qui consiste à utiliser l’énergie de nos muscles pour nous faire aller de chez nous jusqu’à chez nos amis avec peu d’efforts, et plus vite qu’avec les chaussures Adidas. Un ordinateur est une invention qui nous permet d’utiliser l’électricité pour nous rendre des « services » variés. Si on regarde l’ensemble des inventions, on voit qu’elles nous servent à utiliser le moins possible nos petits muscles, parce que les pauvres sont beaucoup moins efficaces que les autres sources d’énergies ! Dès que possible, on remplace les gens par des machines, qui utilisent des énergies beaucoup plus « concentrées » que celle de nos muscles, et on dit « Waouh, c’est beau le progrès ! »

Super Dupont n’a besoin que de l’énergie de ses muscles, mais c’est parce que c’est super Dupont | blog.lefigaro.fr

Un rêve des années 70

Alors oui, avec toute cette énergie disponible, et les innovations qui nous permettent d’utiliser cette énergie de mieux en mieux, on est capable de faire de plus en plus de choses. Et il se trouve que nos parents, ceux qui on vécu pendant les trente glorieuses (1945-1973, et d’ailleurs c’est le cas de beaucoup de nos hommes politiques), ont connu cette époque magique où le progrès améliorait la vie de presque tout le monde, et vraiment au jour le jour. Nous, on a un peu connu ça aussi avec Internet, les réseaux sociaux, les smartphones, ou l’avion pas cher, mais dans une moindre mesure. Mes parents ont connus les premiers (et derniers) hommes sur la Lune, alors que moi je n’ai jamais vu en direct un homme marcher sur la Lune. Bref, l’époque de nos parents a été mythique, et cela a développé une culture du « la technologie nous permettra de tout faire, de tout maîtriser, et de rendre tout le monde heureux ». En gros, à cette époque on se disait que technologie = bonheur universel. C’est peut-être pour ça que nos hommes politiques et nos économistes pensent sincèrement que pour résoudre tous nos problèmes, il faut de la recherche, de l’innovation, de la technologie, et relancer notre économie. Pas tellement besoin de réfléchir à la politique, il « suffit » de relancer l’économie et de laisser faire les entreprises pour rendre les gens heureux !

Voilà une photo qui a fait rêver beaucoup de gens ! Mais ça, c'était avant...
Voilà une photo qui a fait rêver beaucoup de gens ! Mais ça, c’était avant… | www.canalacademie.com

Mais.. ?

Cependant, on voit que tous les efforts des professionnels (nos chers hommes politiques) pour relancer l’économie, favoriser l’industrie, l’innovation, etc, ne marchent pas vraiment. On est en pleine « crise », le chômage augmente et nos niveaux de vie n’augmentent plus. D’ailleurs les syndicats de nos entreprise passent leur temps à expliquer qu’on régresse sans cesse, qu’on perd du pouvoir d’achat, et que ça ne va pas du tout. Alors est-ce que la technologie est en cause ? Et bien souvenons-nous que le progrès, c’est l’association de l’énergie avec la technologie. Avec de moins en moins d’énergie, je vais avoir de plus en plus de mal à avoir du progrès ! Du point de vue de notre ressenti individuel, le niveau de vie, c’est plus précisément la quantité d’énergie et de technologie par personne. Et ça nos hommes politiques et nos économistes l’oublient presque toujours, puisqu’ils ont vécus à des périodes où il n’y avait pas de problèmes de quantité d’énergie. Seule la technologie compte à leurs yeux. Alors ils veulent favoriser son développement, mais c’est oublier que sans énergie la technologie ne peut pas grand chose

Encore cette sacrée énergie !

Bon, venons-en aux faits : se pourrait-il qu’on ait de légers problèmes avec l’énergie en ce moment en Europe, ce vieux continent en crise ? Allons de ce pas chercher quelques infos, et que trouve-t-on ?

La consommation de pétrole en Europe... Se casse la figure depuis 2006 !
La consommation de pétrole en Europe… se casse la figure depuis 2006 ! | http://www.tsp-data-portal.org/

Hé oui, depuis 2006, on consomme de moins en moins de pétrole en Europe ! Est-ce que c’est parce qu’on est devenu écolo ? 😛 Est-ce que c’est parce que nos voitures consomment de moins en moins ? Ou est-ce que c’est parce que, mon bon monsieur Michou, le pétrole était bien trop cher jusqu’à fin 2014, alors on consommait chacun un peu moins ? On peut trouver des tableaux dans des rapports un peu barbares sur Internet qui montrent que grosso modo, depuis les années 70, les voitures consomment de moins en moins, et ça, ça ne change pas spécialement depuis 2006. Idem pour les camions. Ce n’est donc pas ça qui a chamboulé soudainement notre consommation de pétrole.

On trouve aussi cette autre courbe barbare qui montre ce que je racontais à Monsieur Michou : le prix du pétrole s’est mis à grimper méchamment à partir de 2004. Et de plus en plus de spécialistes sont d’accord là-dessus : c’est bien le prix du pétrole qui a semé la pagaille dans notre économie.

Houla, il grimpe, il grimpe , le prix du pétrole, depuis 2004 !
Houla, il grimpe, il grimpe , le prix du pétrole, depuis 2004 ! On voit aussi sur ce beau graphique la crise de 2008, et la chute du prix du pétrole fin 2014 | http://prixdubaril.com/

Nos rêves ont un prix : celui de l’or noir !

Résumons un peu : le prix du pétrole est monté en flèche à partir de 2004, si bien que nous nous sommes mis à en consommer moins à partir de 2006. Dès 2006, nous avions donc chacun un peu moins du « super pouvoir » de se déplacer, étant donné que le pétrole est l’énergie principale du déplacement. Et 2 ans plus tard c’est la crise « financière », crise qui dure encore… Je sens que vous avez envie de me poser deux questions : En quoi le prix du pétrole compterait-il plus que le prix du gaz, ou du charbon (ce sont aussi des énergies, qui permettent donc de faire du travail !) ? Et pourquoi le prix du pétrole s’est-il mis à augmenter comme ça comme un fou ? (et en question bonus, pourquoi il se met à chuter tout aussi vite en ce moment ? :roll: )

Je ne vais répondre qu’à la première question dans cet article, parce que les 2 autres questions méritent bien un article pour elles toutes seules (oui ce sont mes deux petites chouchoutes 😉 ). Ce qu’on a vu avec le pétrole, c’est que c’est l’énergie qui est la plus facile à transporter, et c’est aussi celle à partir de laquelle on sait faire le plus de choses : faire rouler des voitures, des camions, produire de l’électricité, ou chauffer les maisons. Bref, trop utile le pétrole ! Et il se trouve que notre économie est très particulière dans le sens où elle a vraiment besoin de transports pour fonctionner. Si on enlève les camions demain, et bien on ne peut même plus manger, c’est dire ! Tout simplement parce qu’on a besoin de camions pour emmener notre nourriture dans les magasins. Et l’industrie est pareille : les usines ont sans arrêt besoin de pièces et de matières premières pour fonctionner, et tout transite par camion parfois par delà les continents. Lorsque le prix des trajets en camion augmente beaucoup par rapport au pouvoir d’achat des entreprises, ça fait rouiller tout ce beau système. Comme on n’a aucun moyen pour le moment de remplacer le pétrole dans les transports routiers, le prix du pétrole joue énormément dans l’économie !

Un monde où tout est possible, même d'aller plus vite à pieds (sans Adidas) qu'en SEAT ! Youpi !
Un monde où tout est possible, même d’aller plus vite à pieds (sans Adidas) qu’en SEAT ! Youpi ! |www.roissymail.com

Revenons à notre idée initiale : rien n’est impossible, « qui veut peut » !! Et bien en fait, on peut faire d’autant plus de choses qu’on a beaucoup d’énergie. C’est plutôt : « Qui veut et a assez d’énergie, peut ». Dans notre monde qui dépend beaucoup du pétrole, on peut presque dire que plus le pétrole est cher, moins on peut s’en payer, et plus il y a de choses impossibles ! Remarquez que l’Europe est particulièrement dans une mauvaise situation, car elle ne produit pas beaucoup de pétrole, et donc elle doit en acheter beaucoup à l’extérieur (à la Russie et à l’Arabie Saoudite). Elle est donc dépendante de ce que veulent bien lui laisser les pays producteurs et les autres pays qui en importent chez eux. Dans les pays producteurs de pétrole, au contraire, la crise n’a pas duré très longtemps. Par exemple aux Etats-Unis, la croissance est repartie plein pot deux ans après la crise, notamment grâce à leur pétrole de schiste : et les USA peuvent continuer à rêver de « Just do it » et de « Impossible is nothing » ! 😉

Humains et pigeons, même combat ?

Quand on parle de projets à long terme comme trouver un travail, réussir ses études, créer son entreprise, courir un marathon, ou devenir expert en danse bretonne, on s’aperçoit que ça s’accompagne presque toujours de difficiles efforts à faire. Certains parlent même de sacrifice, comme s’ils perdaient une partie de leur vie (genre, perdre leurs amis) pour en réussir une autre (genre, réussir leurs études) ! Lorsqu’on réussit de tels projets, c’est avant tout qu’on a fait les choix qu’il fallait au jour le jour, c’est-à-dire qu’on a adopté le mode de vie qui permettait d’atteindre notre but (et pas sûr que perdre ses amis soit un bon choix 😉 ).

Nous avons déjà vu que si on veut faire le bon choix, il faut d’abord qu’on ait bien compris à quoi nous mène chaque choix possible. Si par exemple j’hésite entre la glace au chocolat et celle à la physalis, mais que je ne sais pas ce qu’est la physalis, et bien je ne peux pas savoir si je fais le bon choix avec le chocolat ! Mais au-delà de connaître les conséquences de ses choix, il faut aussi avoir une bonne dose de « self-control », comme disent les chercheurs en psychologie, pour résister aux divertissements de tous les jours qui nous écartent du chemin qu’on veut suivre.

Je réponds avant que vous ne me demandiez : c'est ça un physalis ;)
Je réponds avant que vous ne me demandiez : c’est ça un physalis 😉 | www.supernourriture.fr

Le choix de base : graines, ou miettes ?

Il existe tout un pan de la psychologie qui étudie la manière dont on fait les choix, et comment faire les bons choix (c’est la psychologie du « self-control »). C’est étudié autant chez les humains que chez les animaux, qui eux aussi font des choix, si si. Par exemple, si je mets un pigeon dans une cage avec des graines de maïs et avec des miettes de pain, et que j’attends, je vais voir le choix que fait le pigeon : plutôt les graines, ou plutôt les miettes ? Le mettre dans cette situation, c’est déjà comme lui poser la question finalement. D’ailleurs, si à chaque fois que je le mets dans cette situation il choisit les miettes, je pourrais dire que le pigeon préfère les miettes par rapport aux graines. Et voilà, j’aurais réussi à demander à un pigeon si dans la vie il préfère les miettes ou les graines !

 Un choix plus compliqué

Le choix entre graines et miettes est un choix simple, comme on en fait souvent : des choix entre des activités immédiates de la vie de tous les jours : soit je mange tout de suite la glace au chocolat, soit je mange tout de suite la glace à la vanille, soit je prends un verre d’eau, soit je vais prendre une douche… Ces choix, bien que courants, peuvent s’avérer très compliqués pour certains d’entre nous ! Par exemple si la société nous explique qu’il n’est pas bon pour notre de ligne de manger de la glace, résister à la tentation de la glace peut être un choix très difficile à gérer.

Mais commençons par un dilemme un peu moins compliqué que choisir entre la glace et sa ligne. Prenons un dilemme qui mettrait tout de même en jeu un objectif important pour moi : est-ce que je mets mon réveil pour demain à 6h du mat’, parce que j’ai une montagne de choses à faire le lendemain, ou bien est-ce que je ne mets pas mon réveil du tout ? Généralement, quand les choses à faire le lendemain sont importantes pour moi (par exemple, mon objectif est d’aller acheter les cadeaux de Noël parce qu’on est le 23 décembre, ou bien c’est de réviser pour l’exam que j’ai oublié de réviser mais qui a lieu à 14h… :roll: ), je mets mon réveil. Mais lorsque mon réveil sonne à 6h le lendemain, je me retrouve face à un autre choix : est-ce que je me lève vraiment, ou est-ce que j’éteins mon réveil et me rendors ? Je dis que ces choix sont compliqués, parce qu’on s’aperçoit que parfois, les gens mettent leur réveil, mais le lendemain quand le réveil sonne, ils préfèrent se rendormir ! Ils ont fait un choix la veille (se lever à 6h du mat’), et font le choix contraire le lendemain ! Et on le sent bien : la veille, on est surmotivé pour faire plein de choses dans la journée suivante, mais quand le réveil sonne pour de vrai, pas moyen de se lever, la motivation a disparu !

"Heu, excusez-moi mais je crois que vous vouliez vous lever maintenant :s" | weknowmemes.com
« Heu, excusez-moi mais je crois que vous vouliez vous lever maintenant :s » | weknowmemes.com

Cette situation, les psychologues l’appellent une ambivalence simple. Une ambivalence, c’est quand on hésite et qu’on change d’avis (et du coup c’est quand on n’est pas très cohérent avec nous même, comme par exemple quand je dis à un ami que promi, la semaine prochaine je vais faire un footing dans le froid avec lui, mais que quand le jour-J arrive, j’ai la flemme :roll: ). L’ambivalence simple, c’est lorsque notre avis n’est pas le même en fonction du moment où on se pose la question (la veille au soir : « Oui oui je vais me lever à 6h, juré ! » ; mais le matin à 6h : « Pff, non c’est mort je me lèverai plus tard !» Et oui, on est tous pareil ! 😉 ). Dans l’ambivalence simple, (ne nous voilons pas la face) quand l’activité difficile à faire est lointaine, on dit que oui oui on la fera. Et puis bizarrement, quand il faut la faire là-maintenant, on préfère faire autre chose qui est plus facile. C’est pour ça que l’ambivalence est dite « simple » : on est capable de prédire comment va évoluer la préférence à mesure que le choix se rapproche.

Le « self-control », ou comment contrôler sa vie en faisant les bons choix

Mais qu’est-ce que tout ce blabla a à voir avec le self-control ? Le self-control, c’est justement notre « force intérieure » qui nous permet de faire ce qui est bon pour notre vie sur la durée (sur le « long terme »). Par exemple, tout le monde sait qu’il est bon de faire du sport dans la semaine. Mais quand il faut se bouger pour vraiment aller à la salle de sport, alors là il y a tout de suite moins de monde ! Parmi les gens qui disent : « Oui tu as raison, il faut que je m’inscrive à une salle de sport, ou à un club de sport », ou même parmi les gens qui s’inscrivent vraiment à la salle de sport ou dans le club, et bien certains n’y vont jamais ! Ça c’est de l’ambivalence simple toute crachée, et on pourrait dire que c’est un manque de self-control.

Mais heureusement, il y a Findus, qui arrive avec des super techniques pour se sortir de l’ambivalence simple ! Un petit exemple : imaginons qu’au bout de quelques jours où je n’arrive pas à me réveiller quand mon réveil sonne, ça m’agace, et que le lendemain je veux vraiment me forcer à me lever quand il sonne. Ma technique : mettre mon réveil à l’autre bout de ma chambre. Du coup je sais que ça me forcera à me lever, je n’aurai pas le choix. Et oui, car l’ambivalence simple apparaît quand on a à nouveau le choix au moment de faire l’activité difficile. Avec mon réveil à l’autre bout de la chambre, je ne me laisse plus le choix : je suis forcé de me lever à 6h. En quelques sortes, j’ai fait disparaître l’ambivalence simple. Une autre technique serait de mettre une tapette qui me donne une baffe si je décide d’éteindre mon réveil et de rester dans mon lit. Dans cet exemple, j’ai encore le choix, mais il y a une punition en bonus si je fais le choix de rester dans mon lit… Un peu radical, mais ça marche bien !

Voilà un mécanisme pour être sûr de se lever le matin !
Voilà un mécanisme pour être sûr de se lever le matin !

Le self-control des pigeons (oui oui vous avez bien lu 😛 )

Mais revenons à nos pigeons ! Des chercheurs en psychologie ont pu faire vivre toutes ces situations à des pigeons, pour voir comment ils réagissaient. Evidemment, pas exactement les situations desquelles j’ai parlées, avec la salle de sport ou le réveil, mais des situations psychologiquement identiques.

Dans une première expérience, on met un pigeon (qui a faim) dans une cage avec deux boutons. Le premier bouton donne 2 grammes de nourriture, le second en donne 4. Pas fou, notre pigeon comprend vite, et il choisit le second bouton à tous les coups. Ensuite, pour faire douter notre ami pigeon (gniark gniark gniark), on met des minuteurs sur les boutons : le bouton 1 donne tout de suite les 2 grammes de nourritures, tandis que le bouton 2 donne toujours 4 grammes, mais seulement au bout de 4 s d’attente. Alors, que fait notre ami ? Surprise : il choisit le bouton 1 ! Et oui, il préfère avoir tout de suite la nourriture que de l’attendre 4s. Pourquoi ? Parce que les 2 grammes de nourriture sont immédiats, juste là sous son nez, trop tentants ! Un peu comme si vous étiez affamé et qu’on vous proposait 2 biscuits tout de suite ou 4 biscuits dans 10 minutes… Dur de résister hein? 😉

C'est gagne petit pigeon, tu as droit à tes 4 grammes de nourriture ! | fineartamerica.com
C’est gagné petit pigeon, tu as droit à tes 4 grammes de nourriture ! | fineartamerica.com

Encore plus fort : on change les minuteurs et maintenant il faut attendre 10 s pour avoir les 2 grammes avec le bouton 1, et 14 s pour avoir les 4 grammes avec le bouton 2. Il y a toujours 4 secondes de différences entre les 2 boutons, mais le pigeon repasse sur le bouton 2 ! L’explication, c’est que les 2 grammes n’arrivent que  10 s plus tard, donc ils sont lointains (à l’échelle du pigeon). Le pigeon résiste à leur tentation, et il choisit les 4 grammes dans 14 s. Là, c’est comme si on vous proposait 2 biscuits dans une heure, ou 4 biscuits dans 1h10 : hop, on préfère attendre un peu plus et avoir plus de biscuits !

Et enfin, voici une dernière expérience, quasiment la même que la précédente, sauf qu’on donne le droit au pigeon de changer d’avis au bout de 10 s (les 2 boutons s’illuminent à nouveau, signifiant qu’il peut réappuyer). Et bien devinez ce qu’il fait ! Ce pigeon est exactement comme moi lorsque je mets mon réveil pour le lendemain, mais lorsque la tentation de rester dans mon lit est juste sous mon nez, j’ai du mal à résister ! Et bien le pigeon fait comme nous, il change d’avis : il choisit d’abord le bouton 2, mais après avoir attendu 10 s, il appuie sur le 1 pour avoir 2 grammes de nourriture immédiatement au lieu d’attendre la fin du bouton 2 pour avoir deux fois plus ! S’il avait appuyé directement sur le bouton 1, il aurait eu la même chose, mais là le pigeon choisit d’abord le 2, puis il change d’avis !

Sur ce parchemin antique sont illustrées les expériences menées sur des pigeons d'époque. On peut y voir les différents choix faits par les pigeons (les flèches), entre les 2 boutons. La quantité de nourriture obtenue pour chaque bouton y est illustrée par des rectangles. | The Science of Self-Control
Sur ce parchemin antique sont illustrées les expériences menées sur des pigeons d’époque. On peut y voir les différents choix faits par les pigeons (les flèches), entre les 2 boutons. La quantité de nourriture obtenue pour chaque bouton y est illustrée par des rectangles. | The Science of Self-Control

Dans toutes ces situations, il faut bien voir que l’activité « relou » (se lever à 6h, attendre pour manger 4 grammes de nourriture alors qu’on a faim, aller courir dans le froid…) est motivante car elle est meilleure pour nous sur le long terme. Choisir cette activité plutôt que les activités « cools » (mais moins bonnes pour nous sur le long terme, comme dans nos exemples rester au lit, prendre les 2 grammes de nourriture tout de suite, ou rester devant sa télé au lieu d’aller courir), c’est ce qu’on appelle le self-control.

Le pigeon : un humain ordinaire ?

Figurez-vous que les chercheurs ont testé encore plus loin le self-control des pigeons : dans d’autres expériences, on propose aux pigeons le système de la gifle automatique, pour qu’ils évitent de succomber à la tentation des 2 grammes de nourriture immédiats. En fait on reprend l’expérience du changement d’avis, mais avant le choix, le pigeon fait un premier choix : il peut activer un coup de jus qu’il se prendra s’il change d’avis lors du choix entre les 2 boutons. Et bien les pigeons choisissent cette technique, qui leur met un coup de jus s’ils choisissent le bouton 2, puis qu’ils changent d’avis au bout de 10 s, en appuyant sur le bouton 1 ! Malin, car cela les aide à résister à la tentation de la nourriture immédiate. Par contre, certains pigeons, après les 10 secondes d’attente, appuient quand même sur le bouton 1 et se prennent un coup de jus, tellement la tentation est grande ! Un peu comme si je mettais le système de la gifle si je ne me lève pas quand mon réveil sonne, mais que le lendemain matin, je préfère tout de même rester dans mon lit et me prendre une gifle…

Bref, vous voyez que les animaux ne sont pas si différents de nous, voire même qu’ils pensent presque comme nous ! Cela montre que l’ambivalence simple est profondément ancrée dans nos gênes. D’ailleurs on dit bien « un « tiens ! » vaut mieux que 2 « tu l’auras !» », ce qui illustre notre tendance naturelle à faire comme notre ami pigeon : prendre tout de suite les 2 grammes, même si plus tard on pouvait avoir 4 grammes. Quels enseignements peut-on tirer de notre connaissance sur l’ambivalence simple ? Petit 1, il n’est pas si facile de faire les choix qui seront les bons pour nous sur le long terme, même si on sait quels choix sont les bons. C’est souvent la différence entre ce que je dis que je vais faire, et ce que je fais vraiment. Et petit 2, il existe des astuces pour se forcer à faire les bons choix. J’ai peu parlé de ces astuces, mais j’y reviendrai dans un prochain post, sur l’ambivalence complexe cette fois-ci :) .

C’est quoi l’Inflation ?!

Au palmarès des termes compliqués qu’on entend partout et qu’on n’explique nulle part, l’inflation est sans doute sur le podium !
Et pourtant – comme souvent en économie – derrière ce mot compliqué se cache un concept simple !
Très simple même.

L’inflation, en fait, c’est juste l’augmentation des prix.
Comment cette hausse est-elle calculée ? Par quoi peut-elle être provoquée ? Quelles sont ses conséquences ?
C’est ce que nous allons voir ensemble !

Tous les ans les économistes calculent l’Indice des Prix à la Consommation, ou IPC en abrégé.
Ce chiffre est une sorte de « Prix moyen » national.
Il est évalué de la manière suivante :

  1.  On classe les produits et les services en grandes catégories : habillement, alimentation, logement, transport, communications, éducation, etc.
  2.  On calcule le prix moyen de chaque catégorie de produits.
    Par exemple pour l’habillement on choisit au hasard un grand nombre de modèles de vêtements et de chaussures actuellement en vente et on fait la moyenne de leurs prix.
  3. On donne un « poids » à chaque catégorie, en fonction de l’importance que celle-ci a pour les consommateurs.
    Par exemple le logement comptera davantage que les communications car il représente une part bien plus importante dans le budget moyen d’une personne – en principe on dépense plus en loyer qu’en forfait téléphonique ! -.
  4. On évalue enfin l’IPC en faisant la moyenne des prix des différentes catégories pondérée par l’importance (le « poids ») de ces catégories.
Cadi Super Marché
Pour construire l’Indice des Prix à la Consommation il faut connaître la composition du panier de la ménagère…(Et celle du panier du ménager : pas de sexisme voyons !)

 

Vous êtes toujours là ?! Ok pour l’Indice des Prix à la Consommation ?

Bon et bien l’inflation c’est simplement l’augmentation de l’IPC entre l’année précédente et l’année actuelle. Cette augmentation est exprimée en pourcentage.
Par exemple si l’Indice des Prix à la Consommation était de 100 à la fin de l’année 2013 et est de 102 fin 2014, alors on dira qu’il y a eu une inflation de 2% en 2014.
Pas compliqué hein ?!

Bon maintenant que l’on sait ce qu’est l’inflation, regardons à quoi elle est due !
En fait on distingue deux causes différentes :

  • Cause N°1 : L’augmentation des coûts des entreprises.
    Si le coût de production d’un produit augmente (par exemple parce que les matières premières nécessaires à sa fabrication se mettent à coûter plus cher) alors l’entreprise concernée va devoir augmenter ses prix de vente.
    Lorsque de nombreuses entreprises se retrouvent simultanément dans ce cas (par exemple parce qu’une matière première très utilisée comme le pétrole voit son prix exploser !) alors on aura une augmentation générale du niveau des prix, autrement dit… de l’inflation.

    Hausse du Prix du Pétrole
    Une forte hausse du prix du pétrole peut entraîner une augmentation des prix très importante et très rapide dans l’ensemble de l’économie. C’est ce qu’il s’est passé suite aux chocs pétroliers de 1973 et de 1979.
  • Cause N°2 : L’augmentation de la demande qui s’adresse aux entreprises.
    Si une entreprise voit son nombre de clients augmenter rapidement et qu’elle n’a pas la possibilité d’augmenter assez vite sa production, elle risque de réagir en augmentant ses tarifs. (« Puisque mes produits ont autant de succès, je peux me permettre de les faire payer plus cher ! »)
    Quand de nombreuses entreprises sont dans ce cas simultanément – par exemple si le pouvoir d’achat de l’ensemble de la population augmente rapidement suite à une baisse d’impôt et qu’ainsi tout le monde se met à consommer davantage – alors on risque là-aussi d’assister à une hausse des prix au niveau national…

Ok pour les causes ?
Les conséquences maintenant ! Quand les prix augmentent ça change quoi ?

Tout d’abord, pour les consommateurs, l’inflation correspond à une diminution de pouvoir d’achat.
En effet, à salaire égal, ils peuvent acheter moins de choses puisque tout coûte plus cher.

Ensuite, pour les personnes ayant un emprunt en cours (crédit immobilier, automobile ou autre), l’inflation correspond à un allègement de la dette.
Pour bien comprendre le phénomène prenons un exemple extrême.
Imaginons qu’une personne A emprunte 1000 euros à une personne B pour s’acheter une voiture, et s’engage à les lui rembourser 1 an plus tard.

Lamborghini
Aller hop j’emprunte pour acheter une voiture ! J’avoue, le modèle ci-dessus coûte un peu plus de 1000 euros, mais bon il faut bien envoyer un peu de rêve !

Supposons qu’au bout d’1 an les prix aient explosé, à tel point que 1000 euros correspondent désormais, non plus à la valeur d’une voiture, mais à celle…d’une baguette de pain !!!

Comme promis A rend les 1000 euros à B…sauf que cet argent ne vaut quasiment plus rien…
Autrement dit A a emprunté la valeur d’une voiture…et il rembourse seulement la valeur d’une baguette ! Pratique.
Par contre à l’inverse pour le pauvre B, c’est la ruine…
Donc vous avez compris : quand il y a beaucoup d’inflation c’est une bonne chose pour les emprunteurs et une mauvaise chose pour les prêteurs !

Et voilà comment on rembourse sa voiture ! Merci l’inflation ! (Oui je sais c’est la même photo de baguette que dans l’article sur la croissance, mais qu’est-ce que vous croyez c’est pas parce qu’on parle d’Economie ici qu’on a un budget illimité ! Sans blague, jamais contents ces lecteurs)

Enfin, pour les entreprises qui exportent à l’international, l’inflation correspond à une perte de compétitivité : comme nos produits coutent de plus en plus chers, il devient de plus en plus difficiles de les vendre aux consommateurs étrangers…
Bien sûr ici ça n’est pas notre inflation dans l’absolue qui est importante : c’est la différence entre notre taux inflation et celui de nos partenaire commerciaux.
Ainsi si notre inflation est de 5% par an et celle de l’Angleterre de 4%, alors la compétitivité de nos produits va baisser de 1% chaque année par rapport à celle des produits anglais !

Camembert
Et oui si nos fromages sont de plus en plus chers on va avoir du mal à en vendre toujours autant à l’étranger ! Mais bon d’ici à ce que les anglais nous concurrencent en matière de gastronomie on a quand même le temps de voir venir…

Pour finir il faut savoir que la notion d’inflation a également donné naissance à d’autres concepts dérivés, qui sont également utilisés pour décrire l’évolution des prix. Nous en avons retenu trois.

Nous avons tout d’abord la désinflation. La désinflation c’est le fait d’avoir une inflation de plus en plus faible d’année en année (en gros les prix augmentent toujours, mais de moins en moins vite). Par exemple si un pays a une inflation de 5% en 2013 puis une inflation de 2% en 2014 on dira que ce pays est en désinflation.

Il y aussi la déflation. La déflation c’est le contraire de l’inflation : c’est une diminution générale du niveau des prix dans un pays. Autrement dit ça correspond à une inflation négative ! Par exemple un pays qui a une inflation de -3% en 2014 (les prix y ont diminué de 3% par rapport à 2013) est dit en déflation.

Il y a enfin l’hyper-inflation. Ce terme désigne, comme son nom l’indique, une inflation extrêmement élevée. Tellement élevée que les prix augmentent à une vitesse hallucinante, ce qui déstabilise complètement l’économie concernée. C’est ainsi ce qu’a connu le Zimbabwe en juillet 2008 où l’inflation a atteint…80 milliards %. Oui vous avez bien lu : 80 000 000 000 % d’augmentation des prix en un mois.

A vendor arranges eggs on a new 100 billion Zimbabwean dollar note in Harare
Un billet de 100 000 000 000 dollars zimbabwéens pour acheter….3 œufs.

C’est aussi ce qu’il s’est produit en Allemagne en 1923. Cette année là les prix augmentaient tellement vite qu’au restaurant les tarifs pouvaient varier entre le début et la fin du repas ! Du coup pour payer moins cher les clients prenaient souvent l’addition …avant de manger et pas après !

Voilà vous savez tout (ou presque) sur l’inflation.

A bientôt pour un nouveau post !

C.C.

C’est quoi la Croissance ?!

 

La croissance on nous en parle à longueur d’antenne !
Les politiques la cherchent en vain, les écolos veulent y mettre fin … et souvent nos concitoyens n’y comprennent plus rien !
Alors c’est quoi exactement cette fameuse croissance ?

Pour le comprendre il faut comprendre ce qu’est le PIB. Et pour comprendre ce qu’est le PIB il faut comprendre ce qu’est la valeur ajoutée.
Bon ok dis comme ça c’est un peu les poupées russes, mais vous allez voir ce sera plus clair dans quelques lignes…

La valeur ajoutée d’une entreprise c’est la valeur de ce qu’elle produit moins la valeur de ce qu’elle a eu besoin d’acheter pour produire.

Par exemple si un boulanger vend pour 10 000 euros de pain par an et que pour produire son pain il doit acheter 6000 euros de farine chaque année ; alors sa valeur ajoutée est de 10 000 – 6 000 = 4000 euros par an.

Avant le travail du boulanger…

Cette valeur ajoutée mesure la valeur créée par le boulanger lors de son activité. En effet cette valeur est présente à l’arrivée (dans le prix du pain) mais n’était pas présente au départ (dans le prix de la farine)…c’est donc bien le boulanger qui l’a créée par son travail !

...Et après ! Un peu plus appétissant non ?!
…Et après !
Un peu plus appétissant non ?!

C’est bon pour la valeur ajoutée ?!

Et bien le PIB (Produit Intérieur Brut) d’un pays c’est simplement la somme des valeurs ajoutées créées par toutes les entreprises présentes dans ce pays pendant une période donnée.
Ok ?!
Donc on prend toutes les entreprises installées dans le pays (du petit commerçant à la grande entreprise du CAC 40 – en comptant aussi les fonctionnaires -) ; on calcule la valeur ajoutée de chacune comme pour notre boulanger, on additionne toutes ces valeurs et hop on a le PIB !
En principe la période de temps considérée est l’année donc quand on parle de PIB c’est presque toujours le PIB d’une année : « le PIB de la France valait X euros en 2013 », « Celui de l’Italie valait Y euros en 1985», etc.
Ce PIB mesure donc la richesse totale créée par un pays en une année.

Par exemple en 2013 le PIB de la France valait un peu plus de 2000 milliards d’euros. Ça en fait de la richesse créée en un an !

La richesse totale créée par l'ensemble des français en 2013 était d'environ 2000 milliards d'euros...cocorico !
La richesse totale créée par l’ensemble des français en 2013 était d’environ 2000 milliards d’euros…cocorico !

Et la croissance dans tout ça me direz-vous ?! J’y viens, un peu de patience !

La croissance, c’est la variation de PIB entre l’année précédente et l’année en cours.
Cette variation est exprimée en pourcentage.
Par exemple si en 2012 le PIB de notre pays était de 1 000 Milliards d’euros et qu’en 2013 il est de 1 500 Milliards d’euros, alors cela veut dire que le PIB a augmenté de moitié. Autrement dit de 50%. On dira donc que la croissance est de 50 % en 2013.

(Heu non désolé monsieur Hollande ce ne sont pas les vrais chiffres.En fait c’était juste un exemple…pour nous en ce moment c’est un peu moins flamboyant….)

Pour finir une petite subtilité. La croissance dont je viens de vous parler (variation du PIB annuel en pourcentage) est appelée croissance nominale et, attention, ça n’est pas exactement la croissance dont nous parle la presse. En effet celle-ci nous parle toujours (sans jamais le dire explicitement) de croissance réelle.
Quelle est la différence entre les deux ?
Et bien en fait la croissance nominale présente un petit inconvénient : elle ne tient pas compte de l’évolution des prix.
Quel rapport avec la croissance me direz-vous ?
En fait c’est assez simple à comprendre.

Imaginons un pays qui, en 2012, ait fabriqué 1000 milliards de produits à 1 euro (avec, pour simplifier, un coût de fabrication nul). Son PIB était donc cette année-là de 1000 milliards d’euros.
Imaginons maintenant qu’en 2013 le pays fabrique toujours 1000 milliards de produits, mais que le prix de chaque produit ait doublé (2 euros donc). Le PIB du pays sera ainsi de 2000 milliards d’euros en 2013.
En se basant uniquement sur la croissance nominale on risque de dire :
« Le PIB a doublé entre 2012 et 2013, la croissance était donc de 100% ! Formidable nous avons doublé notre richesse !
– Heu non…en fait ce sont juste les prix qui ont doublé…
– Ah…Mince. »
Du coup pour tenir compte de ce phénomène la croissance réelle part de la croissance nominale et lui enlève l’augmentation des prix. Ici l’augmentation des prix est de 100% donc on aurait croissance réelle = croissance nominale – augmentation des prix = 100% – 100% =…. 0 %
Normal puisque dans notre exemple la production n’a pas varié d’un yota entre les deux années !

Compris ?

Pour information la croissance (réelle) Française était de 0,3 % en 2013.
Avant la crise nous étions plutôt sur une croissance d’environ 2% par an…mais depuis 2008 les temps sont durs !

Croissance France USA
La croissance de la France et celle des USA au cours des dernières années…Quand on regarde vers 2008/2009 on voit que la crise est passée par là !

 

Voilà, vous savez tout (ou presque) sur la croissance.

A bientôt pour un nouveau post !

CC

 

 

 

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