Just do it… Tant que le pétrole n’est pas trop cher !

C’est bien connu, dans notre monde, et à notre époque, plus rien n’est impossible. D’ailleurs, les plus grandes entreprises du monde sont d’accord avec moi. « Just do it ! », nous dit Nike. Traduisez : « Hé, si t’as envie de faire quelque chose, arrête de réfléchir et fais-le ! ». Et comme je ne suis pas bête, je comprends que tout est possible, puisqu’il suffit que j’en ai envie pour pouvoir réaliser toutes les choses. En définitive ma seule limite est mon imagination ! Adidas disait même directement : « Impossible is nothing », c’est-à-dire : « l’impossible n’est pas grand-chose pour toi, porteur de chaussures Adidas ! ». Bref, notre société et notre système économique font tout pour nous faire croire que toutes nos envies sont réalisables (surtout si on achète les chaussures Adidas). Et nous forcément, on y croit ! Parce que c’est beau de rêver, ça fait du bien de se croire tout puissant. Par contre, quand on enfile enfin les fameuses chaussures Adidas, il ne se passe pas grand-chose de plus qu’avec d’autres chaussures… Quand j’achète la nouvelle SEAT, avec son slogan « auto emocion » (« Waou, ressens plein de trucs fous avec notre voiture SEAT ! »), je ressens une super vitesse que je ne ressens pas avec mes chaussures Adidas. D’ailleurs je peux carrément dire qu’avec mes chaussures Adidas, il m’est impossible de promener mon chien à pieds à 60km/h (et heureusement pour lui, sauf si je lui ai aussi acheté les mêmes chaussures !). Avec ma SEAT, je peux promener mon chien à 60km/h, il suffit que je le prenne avec moi dans la voiture 😉 .

Un monde où tout est possible : le rêve quoi !

Alors comment se fait-il qu’on nous dise à longueur de journée que tout est possible, alors qu’il est par exemple impossible de courir à 60km/h avec des chaussures Adidas ? (Si vous y arrivez, envoyez-moi votre vidéo ! Je la posterai sans faute dans cet article, et c’est la gloire assurée !) Il faut bien sûr se rappeler de notre petite histoire de l’énergie. Cela fait plus de 150 ans que notre monde change de plus en plus vite. On pense souvent à la technologie et à l’innovation pour expliquer le progrès, mais on a vu que les inventions étaient « juste » de supers idées pour réussir à utiliser de l’énergie de la bonne manière. Par exemple, un vélo est une invention qui consiste à utiliser l’énergie de nos muscles pour nous faire aller de chez nous jusqu’à chez nos amis avec peu d’efforts, et plus vite qu’avec les chaussures Adidas. Un ordinateur est une invention qui nous permet d’utiliser l’électricité pour nous rendre des « services » variés. Si on regarde l’ensemble des inventions, on voit qu’elles nous servent à utiliser le moins possible nos petits muscles, parce que les pauvres sont beaucoup moins efficaces que les autres sources d’énergies ! Dès que possible, on remplace les gens par des machines, qui utilisent des énergies beaucoup plus « concentrées » que celle de nos muscles, et on dit « Waouh, c’est beau le progrès ! »

Super Dupont n’a besoin que de l’énergie de ses muscles, mais c’est parce que c’est super Dupont | blog.lefigaro.fr

Un rêve des années 70

Alors oui, avec toute cette énergie disponible, et les innovations qui nous permettent d’utiliser cette énergie de mieux en mieux, on est capable de faire de plus en plus de choses. Et il se trouve que nos parents, ceux qui on vécu pendant les trente glorieuses (1945-1973, et d’ailleurs c’est le cas de beaucoup de nos hommes politiques), ont connu cette époque magique où le progrès améliorait la vie de presque tout le monde, et vraiment au jour le jour. Nous, on a un peu connu ça aussi avec Internet, les réseaux sociaux, les smartphones, ou l’avion pas cher, mais dans une moindre mesure. Mes parents ont connus les premiers (et derniers) hommes sur la Lune, alors que moi je n’ai jamais vu en direct un homme marcher sur la Lune. Bref, l’époque de nos parents a été mythique, et cela a développé une culture du « la technologie nous permettra de tout faire, de tout maîtriser, et de rendre tout le monde heureux ». En gros, à cette époque on se disait que technologie = bonheur universel. C’est peut-être pour ça que nos hommes politiques et nos économistes pensent sincèrement que pour résoudre tous nos problèmes, il faut de la recherche, de l’innovation, de la technologie, et relancer notre économie. Pas tellement besoin de réfléchir à la politique, il « suffit » de relancer l’économie et de laisser faire les entreprises pour rendre les gens heureux !

Voilà une photo qui a fait rêver beaucoup de gens ! Mais ça, c'était avant...
Voilà une photo qui a fait rêver beaucoup de gens ! Mais ça, c’était avant… | www.canalacademie.com

Mais.. ?

Cependant, on voit que tous les efforts des professionnels (nos chers hommes politiques) pour relancer l’économie, favoriser l’industrie, l’innovation, etc, ne marchent pas vraiment. On est en pleine « crise », le chômage augmente et nos niveaux de vie n’augmentent plus. D’ailleurs les syndicats de nos entreprise passent leur temps à expliquer qu’on régresse sans cesse, qu’on perd du pouvoir d’achat, et que ça ne va pas du tout. Alors est-ce que la technologie est en cause ? Et bien souvenons-nous que le progrès, c’est l’association de l’énergie avec la technologie. Avec de moins en moins d’énergie, je vais avoir de plus en plus de mal à avoir du progrès ! Du point de vue de notre ressenti individuel, le niveau de vie, c’est plus précisément la quantité d’énergie et de technologie par personne. Et ça nos hommes politiques et nos économistes l’oublient presque toujours, puisqu’ils ont vécus à des périodes où il n’y avait pas de problèmes de quantité d’énergie. Seule la technologie compte à leurs yeux. Alors ils veulent favoriser son développement, mais c’est oublier que sans énergie la technologie ne peut pas grand chose

Encore cette sacrée énergie !

Bon, venons-en aux faits : se pourrait-il qu’on ait de légers problèmes avec l’énergie en ce moment en Europe, ce vieux continent en crise ? Allons de ce pas chercher quelques infos, et que trouve-t-on ?

La consommation de pétrole en Europe... Se casse la figure depuis 2006 !
La consommation de pétrole en Europe… se casse la figure depuis 2006 ! | http://www.tsp-data-portal.org/

Hé oui, depuis 2006, on consomme de moins en moins de pétrole en Europe ! Est-ce que c’est parce qu’on est devenu écolo ? 😛 Est-ce que c’est parce que nos voitures consomment de moins en moins ? Ou est-ce que c’est parce que, mon bon monsieur Michou, le pétrole était bien trop cher jusqu’à fin 2014, alors on consommait chacun un peu moins ? On peut trouver des tableaux dans des rapports un peu barbares sur Internet qui montrent que grosso modo, depuis les années 70, les voitures consomment de moins en moins, et ça, ça ne change pas spécialement depuis 2006. Idem pour les camions. Ce n’est donc pas ça qui a chamboulé soudainement notre consommation de pétrole.

On trouve aussi cette autre courbe barbare qui montre ce que je racontais à Monsieur Michou : le prix du pétrole s’est mis à grimper méchamment à partir de 2004. Et de plus en plus de spécialistes sont d’accord là-dessus : c’est bien le prix du pétrole qui a semé la pagaille dans notre économie.

Houla, il grimpe, il grimpe , le prix du pétrole, depuis 2004 !
Houla, il grimpe, il grimpe , le prix du pétrole, depuis 2004 ! On voit aussi sur ce beau graphique la crise de 2008, et la chute du prix du pétrole fin 2014 | http://prixdubaril.com/

Nos rêves ont un prix : celui de l’or noir !

Résumons un peu : le prix du pétrole est monté en flèche à partir de 2004, si bien que nous nous sommes mis à en consommer moins à partir de 2006. Dès 2006, nous avions donc chacun un peu moins du « super pouvoir » de se déplacer, étant donné que le pétrole est l’énergie principale du déplacement. Et 2 ans plus tard c’est la crise « financière », crise qui dure encore… Je sens que vous avez envie de me poser deux questions : En quoi le prix du pétrole compterait-il plus que le prix du gaz, ou du charbon (ce sont aussi des énergies, qui permettent donc de faire du travail !) ? Et pourquoi le prix du pétrole s’est-il mis à augmenter comme ça comme un fou ? (et en question bonus, pourquoi il se met à chuter tout aussi vite en ce moment ? :roll: )

Je ne vais répondre qu’à la première question dans cet article, parce que les 2 autres questions méritent bien un article pour elles toutes seules (oui ce sont mes deux petites chouchoutes 😉 ). Ce qu’on a vu avec le pétrole, c’est que c’est l’énergie qui est la plus facile à transporter, et c’est aussi celle à partir de laquelle on sait faire le plus de choses : faire rouler des voitures, des camions, produire de l’électricité, ou chauffer les maisons. Bref, trop utile le pétrole ! Et il se trouve que notre économie est très particulière dans le sens où elle a vraiment besoin de transports pour fonctionner. Si on enlève les camions demain, et bien on ne peut même plus manger, c’est dire ! Tout simplement parce qu’on a besoin de camions pour emmener notre nourriture dans les magasins. Et l’industrie est pareille : les usines ont sans arrêt besoin de pièces et de matières premières pour fonctionner, et tout transite par camion parfois par delà les continents. Lorsque le prix des trajets en camion augmente beaucoup par rapport au pouvoir d’achat des entreprises, ça fait rouiller tout ce beau système. Comme on n’a aucun moyen pour le moment de remplacer le pétrole dans les transports routiers, le prix du pétrole joue énormément dans l’économie !

Un monde où tout est possible, même d'aller plus vite à pieds (sans Adidas) qu'en SEAT ! Youpi !
Un monde où tout est possible, même d’aller plus vite à pieds (sans Adidas) qu’en SEAT ! Youpi ! |www.roissymail.com

Revenons à notre idée initiale : rien n’est impossible, « qui veut peut » !! Et bien en fait, on peut faire d’autant plus de choses qu’on a beaucoup d’énergie. C’est plutôt : « Qui veut et a assez d’énergie, peut ». Dans notre monde qui dépend beaucoup du pétrole, on peut presque dire que plus le pétrole est cher, moins on peut s’en payer, et plus il y a de choses impossibles ! Remarquez que l’Europe est particulièrement dans une mauvaise situation, car elle ne produit pas beaucoup de pétrole, et donc elle doit en acheter beaucoup à l’extérieur (à la Russie et à l’Arabie Saoudite). Elle est donc dépendante de ce que veulent bien lui laisser les pays producteurs et les autres pays qui en importent chez eux. Dans les pays producteurs de pétrole, au contraire, la crise n’a pas duré très longtemps. Par exemple aux Etats-Unis, la croissance est repartie plein pot deux ans après la crise, notamment grâce à leur pétrole de schiste : et les USA peuvent continuer à rêver de « Just do it » et de « Impossible is nothing » ! 😉

Humains et pigeons, même combat ?

Quand on parle de projets à long terme comme trouver un travail, réussir ses études, créer son entreprise, courir un marathon, ou devenir expert en danse bretonne, on s’aperçoit que ça s’accompagne presque toujours de difficiles efforts à faire. Certains parlent même de sacrifice, comme s’ils perdaient une partie de leur vie (genre, perdre leurs amis) pour en réussir une autre (genre, réussir leurs études) ! Lorsqu’on réussit de tels projets, c’est avant tout qu’on a fait les choix qu’il fallait au jour le jour, c’est-à-dire qu’on a adopté le mode de vie qui permettait d’atteindre notre but (et pas sûr que perdre ses amis soit un bon choix 😉 ).

Nous avons déjà vu que si on veut faire le bon choix, il faut d’abord qu’on ait bien compris à quoi nous mène chaque choix possible. Si par exemple j’hésite entre la glace au chocolat et celle à la physalis, mais que je ne sais pas ce qu’est la physalis, et bien je ne peux pas savoir si je fais le bon choix avec le chocolat ! Mais au-delà de connaître les conséquences de ses choix, il faut aussi avoir une bonne dose de « self-control », comme disent les chercheurs en psychologie, pour résister aux divertissements de tous les jours qui nous écartent du chemin qu’on veut suivre.

Je réponds avant que vous ne me demandiez : c'est ça un physalis ;)
Je réponds avant que vous ne me demandiez : c’est ça un physalis 😉 | www.supernourriture.fr

Le choix de base : graines, ou miettes ?

Il existe tout un pan de la psychologie qui étudie la manière dont on fait les choix, et comment faire les bons choix (c’est la psychologie du « self-control »). C’est étudié autant chez les humains que chez les animaux, qui eux aussi font des choix, si si. Par exemple, si je mets un pigeon dans une cage avec des graines de maïs et avec des miettes de pain, et que j’attends, je vais voir le choix que fait le pigeon : plutôt les graines, ou plutôt les miettes ? Le mettre dans cette situation, c’est déjà comme lui poser la question finalement. D’ailleurs, si à chaque fois que je le mets dans cette situation il choisit les miettes, je pourrais dire que le pigeon préfère les miettes par rapport aux graines. Et voilà, j’aurais réussi à demander à un pigeon si dans la vie il préfère les miettes ou les graines !

 Un choix plus compliqué

Le choix entre graines et miettes est un choix simple, comme on en fait souvent : des choix entre des activités immédiates de la vie de tous les jours : soit je mange tout de suite la glace au chocolat, soit je mange tout de suite la glace à la vanille, soit je prends un verre d’eau, soit je vais prendre une douche… Ces choix, bien que courants, peuvent s’avérer très compliqués pour certains d’entre nous ! Par exemple si la société nous explique qu’il n’est pas bon pour notre de ligne de manger de la glace, résister à la tentation de la glace peut être un choix très difficile à gérer.

Mais commençons par un dilemme un peu moins compliqué que choisir entre la glace et sa ligne. Prenons un dilemme qui mettrait tout de même en jeu un objectif important pour moi : est-ce que je mets mon réveil pour demain à 6h du mat’, parce que j’ai une montagne de choses à faire le lendemain, ou bien est-ce que je ne mets pas mon réveil du tout ? Généralement, quand les choses à faire le lendemain sont importantes pour moi (par exemple, mon objectif est d’aller acheter les cadeaux de Noël parce qu’on est le 23 décembre, ou bien c’est de réviser pour l’exam que j’ai oublié de réviser mais qui a lieu à 14h… :roll: ), je mets mon réveil. Mais lorsque mon réveil sonne à 6h le lendemain, je me retrouve face à un autre choix : est-ce que je me lève vraiment, ou est-ce que j’éteins mon réveil et me rendors ? Je dis que ces choix sont compliqués, parce qu’on s’aperçoit que parfois, les gens mettent leur réveil, mais le lendemain quand le réveil sonne, ils préfèrent se rendormir ! Ils ont fait un choix la veille (se lever à 6h du mat’), et font le choix contraire le lendemain ! Et on le sent bien : la veille, on est surmotivé pour faire plein de choses dans la journée suivante, mais quand le réveil sonne pour de vrai, pas moyen de se lever, la motivation a disparu !

"Heu, excusez-moi mais je crois que vous vouliez vous lever maintenant :s" | weknowmemes.com
« Heu, excusez-moi mais je crois que vous vouliez vous lever maintenant :s » | weknowmemes.com

Cette situation, les psychologues l’appellent une ambivalence simple. Une ambivalence, c’est quand on hésite et qu’on change d’avis (et du coup c’est quand on n’est pas très cohérent avec nous même, comme par exemple quand je dis à un ami que promi, la semaine prochaine je vais faire un footing dans le froid avec lui, mais que quand le jour-J arrive, j’ai la flemme :roll: ). L’ambivalence simple, c’est lorsque notre avis n’est pas le même en fonction du moment où on se pose la question (la veille au soir : « Oui oui je vais me lever à 6h, juré ! » ; mais le matin à 6h : « Pff, non c’est mort je me lèverai plus tard !» Et oui, on est tous pareil ! 😉 ). Dans l’ambivalence simple, (ne nous voilons pas la face) quand l’activité difficile à faire est lointaine, on dit que oui oui on la fera. Et puis bizarrement, quand il faut la faire là-maintenant, on préfère faire autre chose qui est plus facile. C’est pour ça que l’ambivalence est dite « simple » : on est capable de prédire comment va évoluer la préférence à mesure que le choix se rapproche.

Le « self-control », ou comment contrôler sa vie en faisant les bons choix

Mais qu’est-ce que tout ce blabla a à voir avec le self-control ? Le self-control, c’est justement notre « force intérieure » qui nous permet de faire ce qui est bon pour notre vie sur la durée (sur le « long terme »). Par exemple, tout le monde sait qu’il est bon de faire du sport dans la semaine. Mais quand il faut se bouger pour vraiment aller à la salle de sport, alors là il y a tout de suite moins de monde ! Parmi les gens qui disent : « Oui tu as raison, il faut que je m’inscrive à une salle de sport, ou à un club de sport », ou même parmi les gens qui s’inscrivent vraiment à la salle de sport ou dans le club, et bien certains n’y vont jamais ! Ça c’est de l’ambivalence simple toute crachée, et on pourrait dire que c’est un manque de self-control.

Mais heureusement, il y a Findus, qui arrive avec des super techniques pour se sortir de l’ambivalence simple ! Un petit exemple : imaginons qu’au bout de quelques jours où je n’arrive pas à me réveiller quand mon réveil sonne, ça m’agace, et que le lendemain je veux vraiment me forcer à me lever quand il sonne. Ma technique : mettre mon réveil à l’autre bout de ma chambre. Du coup je sais que ça me forcera à me lever, je n’aurai pas le choix. Et oui, car l’ambivalence simple apparaît quand on a à nouveau le choix au moment de faire l’activité difficile. Avec mon réveil à l’autre bout de la chambre, je ne me laisse plus le choix : je suis forcé de me lever à 6h. En quelques sortes, j’ai fait disparaître l’ambivalence simple. Une autre technique serait de mettre une tapette qui me donne une baffe si je décide d’éteindre mon réveil et de rester dans mon lit. Dans cet exemple, j’ai encore le choix, mais il y a une punition en bonus si je fais le choix de rester dans mon lit… Un peu radical, mais ça marche bien !

Voilà un mécanisme pour être sûr de se lever le matin !
Voilà un mécanisme pour être sûr de se lever le matin !

Le self-control des pigeons (oui oui vous avez bien lu 😛 )

Mais revenons à nos pigeons ! Des chercheurs en psychologie ont pu faire vivre toutes ces situations à des pigeons, pour voir comment ils réagissaient. Evidemment, pas exactement les situations desquelles j’ai parlées, avec la salle de sport ou le réveil, mais des situations psychologiquement identiques.

Dans une première expérience, on met un pigeon (qui a faim) dans une cage avec deux boutons. Le premier bouton donne 2 grammes de nourriture, le second en donne 4. Pas fou, notre pigeon comprend vite, et il choisit le second bouton à tous les coups. Ensuite, pour faire douter notre ami pigeon (gniark gniark gniark), on met des minuteurs sur les boutons : le bouton 1 donne tout de suite les 2 grammes de nourritures, tandis que le bouton 2 donne toujours 4 grammes, mais seulement au bout de 4 s d’attente. Alors, que fait notre ami ? Surprise : il choisit le bouton 1 ! Et oui, il préfère avoir tout de suite la nourriture que de l’attendre 4s. Pourquoi ? Parce que les 2 grammes de nourriture sont immédiats, juste là sous son nez, trop tentants ! Un peu comme si vous étiez affamé et qu’on vous proposait 2 biscuits tout de suite ou 4 biscuits dans 10 minutes… Dur de résister hein? 😉

C'est gagne petit pigeon, tu as droit à tes 4 grammes de nourriture ! | fineartamerica.com
C’est gagné petit pigeon, tu as droit à tes 4 grammes de nourriture ! | fineartamerica.com

Encore plus fort : on change les minuteurs et maintenant il faut attendre 10 s pour avoir les 2 grammes avec le bouton 1, et 14 s pour avoir les 4 grammes avec le bouton 2. Il y a toujours 4 secondes de différences entre les 2 boutons, mais le pigeon repasse sur le bouton 2 ! L’explication, c’est que les 2 grammes n’arrivent que  10 s plus tard, donc ils sont lointains (à l’échelle du pigeon). Le pigeon résiste à leur tentation, et il choisit les 4 grammes dans 14 s. Là, c’est comme si on vous proposait 2 biscuits dans une heure, ou 4 biscuits dans 1h10 : hop, on préfère attendre un peu plus et avoir plus de biscuits !

Et enfin, voici une dernière expérience, quasiment la même que la précédente, sauf qu’on donne le droit au pigeon de changer d’avis au bout de 10 s (les 2 boutons s’illuminent à nouveau, signifiant qu’il peut réappuyer). Et bien devinez ce qu’il fait ! Ce pigeon est exactement comme moi lorsque je mets mon réveil pour le lendemain, mais lorsque la tentation de rester dans mon lit est juste sous mon nez, j’ai du mal à résister ! Et bien le pigeon fait comme nous, il change d’avis : il choisit d’abord le bouton 2, mais après avoir attendu 10 s, il appuie sur le 1 pour avoir 2 grammes de nourriture immédiatement au lieu d’attendre la fin du bouton 2 pour avoir deux fois plus ! S’il avait appuyé directement sur le bouton 1, il aurait eu la même chose, mais là le pigeon choisit d’abord le 2, puis il change d’avis !

Sur ce parchemin antique sont illustrées les expériences menées sur des pigeons d'époque. On peut y voir les différents choix faits par les pigeons (les flèches), entre les 2 boutons. La quantité de nourriture obtenue pour chaque bouton y est illustrée par des rectangles. | The Science of Self-Control
Sur ce parchemin antique sont illustrées les expériences menées sur des pigeons d’époque. On peut y voir les différents choix faits par les pigeons (les flèches), entre les 2 boutons. La quantité de nourriture obtenue pour chaque bouton y est illustrée par des rectangles. | The Science of Self-Control

Dans toutes ces situations, il faut bien voir que l’activité « relou » (se lever à 6h, attendre pour manger 4 grammes de nourriture alors qu’on a faim, aller courir dans le froid…) est motivante car elle est meilleure pour nous sur le long terme. Choisir cette activité plutôt que les activités « cools » (mais moins bonnes pour nous sur le long terme, comme dans nos exemples rester au lit, prendre les 2 grammes de nourriture tout de suite, ou rester devant sa télé au lieu d’aller courir), c’est ce qu’on appelle le self-control.

Le pigeon : un humain ordinaire ?

Figurez-vous que les chercheurs ont testé encore plus loin le self-control des pigeons : dans d’autres expériences, on propose aux pigeons le système de la gifle automatique, pour qu’ils évitent de succomber à la tentation des 2 grammes de nourriture immédiats. En fait on reprend l’expérience du changement d’avis, mais avant le choix, le pigeon fait un premier choix : il peut activer un coup de jus qu’il se prendra s’il change d’avis lors du choix entre les 2 boutons. Et bien les pigeons choisissent cette technique, qui leur met un coup de jus s’ils choisissent le bouton 2, puis qu’ils changent d’avis au bout de 10 s, en appuyant sur le bouton 1 ! Malin, car cela les aide à résister à la tentation de la nourriture immédiate. Par contre, certains pigeons, après les 10 secondes d’attente, appuient quand même sur le bouton 1 et se prennent un coup de jus, tellement la tentation est grande ! Un peu comme si je mettais le système de la gifle si je ne me lève pas quand mon réveil sonne, mais que le lendemain matin, je préfère tout de même rester dans mon lit et me prendre une gifle…

Bref, vous voyez que les animaux ne sont pas si différents de nous, voire même qu’ils pensent presque comme nous ! Cela montre que l’ambivalence simple est profondément ancrée dans nos gênes. D’ailleurs on dit bien « un « tiens ! » vaut mieux que 2 « tu l’auras !» », ce qui illustre notre tendance naturelle à faire comme notre ami pigeon : prendre tout de suite les 2 grammes, même si plus tard on pouvait avoir 4 grammes. Quels enseignements peut-on tirer de notre connaissance sur l’ambivalence simple ? Petit 1, il n’est pas si facile de faire les choix qui seront les bons pour nous sur le long terme, même si on sait quels choix sont les bons. C’est souvent la différence entre ce que je dis que je vais faire, et ce que je fais vraiment. Et petit 2, il existe des astuces pour se forcer à faire les bons choix. J’ai peu parlé de ces astuces, mais j’y reviendrai dans un prochain post, sur l’ambivalence complexe cette fois-ci :) .

C’est quoi l’Inflation ?!

Au palmarès des termes compliqués qu’on entend partout et qu’on n’explique nulle part, l’inflation est sans doute sur le podium !
Et pourtant – comme souvent en économie – derrière ce mot compliqué se cache un concept simple !
Très simple même.

L’inflation, en fait, c’est juste l’augmentation des prix.
Comment cette hausse est-elle calculée ? Par quoi peut-elle être provoquée ? Quelles sont ses conséquences ?
C’est ce que nous allons voir ensemble !

Tous les ans les économistes calculent l’Indice des Prix à la Consommation, ou IPC en abrégé.
Ce chiffre est une sorte de « Prix moyen » national.
Il est évalué de la manière suivante :

  1.  On classe les produits et les services en grandes catégories : habillement, alimentation, logement, transport, communications, éducation, etc.
  2.  On calcule le prix moyen de chaque catégorie de produits.
    Par exemple pour l’habillement on choisit au hasard un grand nombre de modèles de vêtements et de chaussures actuellement en vente et on fait la moyenne de leurs prix.
  3. On donne un « poids » à chaque catégorie, en fonction de l’importance que celle-ci a pour les consommateurs.
    Par exemple le logement comptera davantage que les communications car il représente une part bien plus importante dans le budget moyen d’une personne – en principe on dépense plus en loyer qu’en forfait téléphonique ! -.
  4. On évalue enfin l’IPC en faisant la moyenne des prix des différentes catégories pondérée par l’importance (le « poids ») de ces catégories.
Cadi Super Marché
Pour construire l’Indice des Prix à la Consommation il faut connaître la composition du panier de la ménagère…(Et celle du panier du ménager : pas de sexisme voyons !)

 

Vous êtes toujours là ?! Ok pour l’Indice des Prix à la Consommation ?

Bon et bien l’inflation c’est simplement l’augmentation de l’IPC entre l’année précédente et l’année actuelle. Cette augmentation est exprimée en pourcentage.
Par exemple si l’Indice des Prix à la Consommation était de 100 à la fin de l’année 2013 et est de 102 fin 2014, alors on dira qu’il y a eu une inflation de 2% en 2014.
Pas compliqué hein ?!

Bon maintenant que l’on sait ce qu’est l’inflation, regardons à quoi elle est due !
En fait on distingue deux causes différentes :

  • Cause N°1 : L’augmentation des coûts des entreprises.
    Si le coût de production d’un produit augmente (par exemple parce que les matières premières nécessaires à sa fabrication se mettent à coûter plus cher) alors l’entreprise concernée va devoir augmenter ses prix de vente.
    Lorsque de nombreuses entreprises se retrouvent simultanément dans ce cas (par exemple parce qu’une matière première très utilisée comme le pétrole voit son prix exploser !) alors on aura une augmentation générale du niveau des prix, autrement dit… de l’inflation.

    Hausse du Prix du Pétrole
    Une forte hausse du prix du pétrole peut entraîner une augmentation des prix très importante et très rapide dans l’ensemble de l’économie. C’est ce qu’il s’est passé suite aux chocs pétroliers de 1973 et de 1979.
  • Cause N°2 : L’augmentation de la demande qui s’adresse aux entreprises.
    Si une entreprise voit son nombre de clients augmenter rapidement et qu’elle n’a pas la possibilité d’augmenter assez vite sa production, elle risque de réagir en augmentant ses tarifs. (« Puisque mes produits ont autant de succès, je peux me permettre de les faire payer plus cher ! »)
    Quand de nombreuses entreprises sont dans ce cas simultanément – par exemple si le pouvoir d’achat de l’ensemble de la population augmente rapidement suite à une baisse d’impôt et qu’ainsi tout le monde se met à consommer davantage – alors on risque là-aussi d’assister à une hausse des prix au niveau national…

Ok pour les causes ?
Les conséquences maintenant ! Quand les prix augmentent ça change quoi ?

Tout d’abord, pour les consommateurs, l’inflation correspond à une diminution de pouvoir d’achat.
En effet, à salaire égal, ils peuvent acheter moins de choses puisque tout coûte plus cher.

Ensuite, pour les personnes ayant un emprunt en cours (crédit immobilier, automobile ou autre), l’inflation correspond à un allègement de la dette.
Pour bien comprendre le phénomène prenons un exemple extrême.
Imaginons qu’une personne A emprunte 1000 euros à une personne B pour s’acheter une voiture, et s’engage à les lui rembourser 1 an plus tard.

Lamborghini
Aller hop j’emprunte pour acheter une voiture ! J’avoue, le modèle ci-dessus coûte un peu plus de 1000 euros, mais bon il faut bien envoyer un peu de rêve !

Supposons qu’au bout d’1 an les prix aient explosé, à tel point que 1000 euros correspondent désormais, non plus à la valeur d’une voiture, mais à celle…d’une baguette de pain !!!

Comme promis A rend les 1000 euros à B…sauf que cet argent ne vaut quasiment plus rien…
Autrement dit A a emprunté la valeur d’une voiture…et il rembourse seulement la valeur d’une baguette ! Pratique.
Par contre à l’inverse pour le pauvre B, c’est la ruine…
Donc vous avez compris : quand il y a beaucoup d’inflation c’est une bonne chose pour les emprunteurs et une mauvaise chose pour les prêteurs !

Et voilà comment on rembourse sa voiture ! Merci l’inflation ! (Oui je sais c’est la même photo de baguette que dans l’article sur la croissance, mais qu’est-ce que vous croyez c’est pas parce qu’on parle d’Economie ici qu’on a un budget illimité ! Sans blague, jamais contents ces lecteurs)

Enfin, pour les entreprises qui exportent à l’international, l’inflation correspond à une perte de compétitivité : comme nos produits coutent de plus en plus chers, il devient de plus en plus difficiles de les vendre aux consommateurs étrangers…
Bien sûr ici ça n’est pas notre inflation dans l’absolue qui est importante : c’est la différence entre notre taux inflation et celui de nos partenaire commerciaux.
Ainsi si notre inflation est de 5% par an et celle de l’Angleterre de 4%, alors la compétitivité de nos produits va baisser de 1% chaque année par rapport à celle des produits anglais !

Camembert
Et oui si nos fromages sont de plus en plus chers on va avoir du mal à en vendre toujours autant à l’étranger ! Mais bon d’ici à ce que les anglais nous concurrencent en matière de gastronomie on a quand même le temps de voir venir…

Pour finir il faut savoir que la notion d’inflation a également donné naissance à d’autres concepts dérivés, qui sont également utilisés pour décrire l’évolution des prix. Nous en avons retenu trois.

Nous avons tout d’abord la désinflation. La désinflation c’est le fait d’avoir une inflation de plus en plus faible d’année en année (en gros les prix augmentent toujours, mais de moins en moins vite). Par exemple si un pays a une inflation de 5% en 2013 puis une inflation de 2% en 2014 on dira que ce pays est en désinflation.

Il y aussi la déflation. La déflation c’est le contraire de l’inflation : c’est une diminution générale du niveau des prix dans un pays. Autrement dit ça correspond à une inflation négative ! Par exemple un pays qui a une inflation de -3% en 2014 (les prix y ont diminué de 3% par rapport à 2013) est dit en déflation.

Il y a enfin l’hyper-inflation. Ce terme désigne, comme son nom l’indique, une inflation extrêmement élevée. Tellement élevée que les prix augmentent à une vitesse hallucinante, ce qui déstabilise complètement l’économie concernée. C’est ainsi ce qu’a connu le Zimbabwe en juillet 2008 où l’inflation a atteint…80 milliards %. Oui vous avez bien lu : 80 000 000 000 % d’augmentation des prix en un mois.

A vendor arranges eggs on a new 100 billion Zimbabwean dollar note in Harare
Un billet de 100 000 000 000 dollars zimbabwéens pour acheter….3 œufs.

C’est aussi ce qu’il s’est produit en Allemagne en 1923. Cette année là les prix augmentaient tellement vite qu’au restaurant les tarifs pouvaient varier entre le début et la fin du repas ! Du coup pour payer moins cher les clients prenaient souvent l’addition …avant de manger et pas après !

Voilà vous savez tout (ou presque) sur l’inflation.

A bientôt pour un nouveau post !

C.C.

C’est quoi la Croissance ?!

 

La croissance on nous en parle à longueur d’antenne !
Les politiques la cherchent en vain, les écolos veulent y mettre fin … et souvent nos concitoyens n’y comprennent plus rien !
Alors c’est quoi exactement cette fameuse croissance ?

Pour le comprendre il faut comprendre ce qu’est le PIB. Et pour comprendre ce qu’est le PIB il faut comprendre ce qu’est la valeur ajoutée.
Bon ok dis comme ça c’est un peu les poupées russes, mais vous allez voir ce sera plus clair dans quelques lignes…

La valeur ajoutée d’une entreprise c’est la valeur de ce qu’elle produit moins la valeur de ce qu’elle a eu besoin d’acheter pour produire.

Par exemple si un boulanger vend pour 10 000 euros de pain par an et que pour produire son pain il doit acheter 6000 euros de farine chaque année ; alors sa valeur ajoutée est de 10 000 – 6 000 = 4000 euros par an.

Avant le travail du boulanger…

Cette valeur ajoutée mesure la valeur créée par le boulanger lors de son activité. En effet cette valeur est présente à l’arrivée (dans le prix du pain) mais n’était pas présente au départ (dans le prix de la farine)…c’est donc bien le boulanger qui l’a créée par son travail !

...Et après ! Un peu plus appétissant non ?!
…Et après !
Un peu plus appétissant non ?!

C’est bon pour la valeur ajoutée ?!

Et bien le PIB (Produit Intérieur Brut) d’un pays c’est simplement la somme des valeurs ajoutées créées par toutes les entreprises présentes dans ce pays pendant une période donnée.
Ok ?!
Donc on prend toutes les entreprises installées dans le pays (du petit commerçant à la grande entreprise du CAC 40 – en comptant aussi les fonctionnaires -) ; on calcule la valeur ajoutée de chacune comme pour notre boulanger, on additionne toutes ces valeurs et hop on a le PIB !
En principe la période de temps considérée est l’année donc quand on parle de PIB c’est presque toujours le PIB d’une année : « le PIB de la France valait X euros en 2013 », « Celui de l’Italie valait Y euros en 1985», etc.
Ce PIB mesure donc la richesse totale créée par un pays en une année.

Par exemple en 2013 le PIB de la France valait un peu plus de 2000 milliards d’euros. Ça en fait de la richesse créée en un an !

La richesse totale créée par l'ensemble des français en 2013 était d'environ 2000 milliards d'euros...cocorico !
La richesse totale créée par l’ensemble des français en 2013 était d’environ 2000 milliards d’euros…cocorico !

Et la croissance dans tout ça me direz-vous ?! J’y viens, un peu de patience !

La croissance, c’est la variation de PIB entre l’année précédente et l’année en cours.
Cette variation est exprimée en pourcentage.
Par exemple si en 2012 le PIB de notre pays était de 1 000 Milliards d’euros et qu’en 2013 il est de 1 500 Milliards d’euros, alors cela veut dire que le PIB a augmenté de moitié. Autrement dit de 50%. On dira donc que la croissance est de 50 % en 2013.

(Heu non désolé monsieur Hollande ce ne sont pas les vrais chiffres.En fait c’était juste un exemple…pour nous en ce moment c’est un peu moins flamboyant….)

Pour finir une petite subtilité. La croissance dont je viens de vous parler (variation du PIB annuel en pourcentage) est appelée croissance nominale et, attention, ça n’est pas exactement la croissance dont nous parle la presse. En effet celle-ci nous parle toujours (sans jamais le dire explicitement) de croissance réelle.
Quelle est la différence entre les deux ?
Et bien en fait la croissance nominale présente un petit inconvénient : elle ne tient pas compte de l’évolution des prix.
Quel rapport avec la croissance me direz-vous ?
En fait c’est assez simple à comprendre.

Imaginons un pays qui, en 2012, ait fabriqué 1000 milliards de produits à 1 euro (avec, pour simplifier, un coût de fabrication nul). Son PIB était donc cette année-là de 1000 milliards d’euros.
Imaginons maintenant qu’en 2013 le pays fabrique toujours 1000 milliards de produits, mais que le prix de chaque produit ait doublé (2 euros donc). Le PIB du pays sera ainsi de 2000 milliards d’euros en 2013.
En se basant uniquement sur la croissance nominale on risque de dire :
« Le PIB a doublé entre 2012 et 2013, la croissance était donc de 100% ! Formidable nous avons doublé notre richesse !
– Heu non…en fait ce sont juste les prix qui ont doublé…
– Ah…Mince. »
Du coup pour tenir compte de ce phénomène la croissance réelle part de la croissance nominale et lui enlève l’augmentation des prix. Ici l’augmentation des prix est de 100% donc on aurait croissance réelle = croissance nominale – augmentation des prix = 100% – 100% =…. 0 %
Normal puisque dans notre exemple la production n’a pas varié d’un yota entre les deux années !

Compris ?

Pour information la croissance (réelle) Française était de 0,3 % en 2013.
Avant la crise nous étions plutôt sur une croissance d’environ 2% par an…mais depuis 2008 les temps sont durs !

Croissance France USA
La croissance de la France et celle des USA au cours des dernières années…Quand on regarde vers 2008/2009 on voit que la crise est passée par là !

 

Voilà, vous savez tout (ou presque) sur la croissance.

A bientôt pour un nouveau post !

CC

 

 

 

L’économie, cette gigantesque machine (à votre service, ou le contraire ?)

L’économie va mal ! C’est sûrement vrai, puisque tout le monde le dit : « c’est la crise économique ». Et d’ailleurs, quand les gens disent que l’économie va mal, ça veut souvent dire que tout va mal. Par exemple, cela veut dire que le chômage augmente, ou que le pouvoir d’achat des gens baisse. A en croire les journaux, il vaut mieux perdre tous ses amis plutôt que d’avoir une économie qui va mal !

L’économie, cette grosse machine incomprise !

Mais au final, qu’est-ce que l’économie ? Comme beaucoup de choses, tout le monde en parle, mais personne n’explique vraiment ce que c’est. En quelques mots, on pourrait dire que l’économie est l’ensemble des activités humaines autour de l’échange. L’échange de biens (c’est-à-dire d’objets, de machines, de nourriture, qui sont matériels, palpables) ou de services (qui sont immatériels).

Petite remarque au passage : les biens sont toujours utilisés pour rendre des services. Acheter un robot presse-purée (qui est un bien) équivaut à acheter 5 ans de service d’écrasage de pommes de terre (si on se dit que les robots presse-purée tombent en panne au bout de 5 ans, leur limite de garantie 😛 ). Les pommes que j’ai achetées (encore un bien) me rendent le service de me nourrir (miam, un très bon service ça !). La maison que j’achète (palpable, donc un bien) me rend le service de me chauffer, de me protéger de la pluie, d’accueillir mes amis, et bien d’autres services très sympas. Au final, il n’y a pas de différence fondamentale entre un bien et un service du point de vue psychologique. On peut donc tout ramener à des services.

Houla, avec tant de rouages autours de nos échanges, faut même pas essayer de comprendre l'économie !
Houla, avec tant de rouages autours de nos échanges, faut même pas essayer de comprendre l’économie !
Les coulisses d’un tout petit échange de la vie de tous les jours

L’économie est tout ce qui tourne autour de l’échange, soit. Alors qu’y a-t-il autour de l’échange ? Et bien avant de s’échanger un billet de 10€ contre un gâteau, à la boulangerie (ce que les gens normaux appellent « acheter un gâteau » 😉 ), il aura fallu faire beaucoup de choses avant, et ces choses sont souvent faites par une foule de gens différents !

Il aura entre autre fallu imprimer un billet de 10€, et donc avoir produit le papier du billet (et pour ça, il faut avoir coupé des arbres : en France on en a quelques uns) ; avoir produit l’encre du billet (à l’aide de minéraux prélevés dans des mines partout dans le monde) ; bien sûr avoir fait un gâteau, avec du sucre qui vient par exemple des cannes à sucre de Martinique, et apporté en France par bateau, de la farine faite avec du blé qu’on a cultivé en France, et des œufs pondus par des poules élevées en France. Il aura aussi fallu construire une boulangerie ! Et oui, le simple geste d’acheter un gâteau à la boulangerie suppose que tout le reste a déjà été fait avant !

Donc l’économie, c’est aussi toutes ces activités de récupérer les matières premières (c’est-à-dire les éléments de base pour fabriquer les biens), les activités de les transformer, les assembler ensemble, de vendre le produit final, d’en faire la publicité, etc, etc. Comme vous l’aurez compris, l’économie englobe énormément d’activités humaines, et donc elle englobe aussi les concepts d’emploi, de chômage, d’argent, de pouvoir d’achat… Alors si l’économie va mal, c’est sûrement que beaucoup de choses vont mal !

La crise jusque dans ma boulangerie !! :s | http://1jour1actu.com/
La crise jusque dans ma boulangerie !! :s | http://1jour1actu.com/
Que donner à manger à l’économie pour qu’elle marche bien ?

Juste avec ce petit exemple de la boulangerie (qui est en fait immense si on s’amuse à chercher tout ce qu’il a fallu faire avant de pouvoir acheter un gâteau dans une boulangerie), on peut déjà comprendre plusieurs choses importantes : l’ensemble des activités humaines qui font l’économie a besoin de trois éléments essentiels pour fonctionner [suspense insoutenable].

Bien sûr, il faut des êtres humains : ceux qui font l’échange (le vendeur dans la boulangerie et l’acheteur), mais aussi tous ceux qui travaillent, ou qui ont travaillé, pour que cet échange puisse arriver (l’agriculteur qui récolte le blé, celui qui récolte la canne à sucre, tous les travailleurs de l’entreprise qui a construit le bâtiment qui héberge la boulangerie, tous ceux qui travaillent à l’imprimerie des billets de 10€, tous ceux qui travaillent à la banque qui a prêté des sous pour que la boulangerie puisse lancer son business, et bien d’autres).

Il faut aussi ces fameuses matières premières, qui proviennent toujours des ressources naturelles (par exemple, le papier vient des arbres d’une forêt, les œufs proviennent de poules, les pigments de l’encre du billet proviennent de mines).

Pratique cette machine ramasseuse de canne à sucre !
Pratique cette machine ramasseuse de canne à sucre !

Et enfin, il faut de l’énergie ! Cette fameuse énergie, qui, avant le progrès, provenait surtout des êtres humains, et qui maintenant provient surtout des énergies fossiles. C’est par exemple l’énergie qui permet à la moissonneuse batteuse de fonctionner pour récolter le blé ou la canne à sucre, l’énergie qui permet de faire avancer le bateau qui ramène le sucre, ou les camions qui amènent la farine et les œufs. Ou encore, c’est l’énergie qui a permis de faire tourner les tractopelles et les bétonnières pour construire la boulangerie, ou l’énergie du four de la boulangerie, ou de ses radiateurs pour chauffer en hiver etc. Encore une fois, l’énergie est partout dès qu’on transforme des choses autour de nous.

L’énergie est un peu particulière ici, puisqu’elle provient soit de nous, les êtres humains (lorsqu’on travaille), soit de ressources naturelles telles que les énergies fossiles. On pourrait donc conclure que l’économie a besoin uniquement d’êtres humains et de ressources naturelles, et ce serait vrai. Mais il est intéressant de laisser l’énergie dans une catégorie particulière de ressource, car l’énergie a le pouvoir quasiment magique de ne pas être recyclable (on le verra dans la section Energie).

Et une fois qu’on a bien nourri notre économie, qu’est-ce qu’il en sort ?
Des services bien sûr…

On a passé en revue ce qu’il faut pour que l’économie puisse fonctionner. On peut aussi se demander ce que produit l’économie au final. A quoi ça sert de travailler 40h par semaine et de nourrir cette grosse machine, l’économie, avec tant de matières premières et d’énergie ? L’exemple de la boulangerie va encore nous servir. L’économie aboutit à un échange final important : l’échange du bien ou du service avec la personne qui va « consommer » le bien ou le service. Dans notre boulangerie, le client est celui qui va utiliser le service rendu par le gâteau : nourrir quelqu’un. Donc l’économie produit des services, mais ça on le savait déjà.

Hmm, le bon service de nourrissage !!
Hmm, le bon service de nourrissage !!
… Et tout le reste aussi !

Mais est-ce bien tout ? Et si on essayait de lister tout ce que produit l’économie ? La liste serait en fait très longue. Comme nous l’avons vu, l’économie est un ensemble d’activités humaines qui visent à produire des services (qui seront échangés) : ces activités sont ce qu’on appelle le travail. Et bien en travaillant dans le but de produire un service, on produit bien d’autres choses que ce service. Prenons l’exemple du producteur de canne à sucre, qui vend de la canne à sucre coupée et sans feuilles. Il a donc aussi obtenu des feuilles de canne (en plus des tiges de canne à sucre) dont il doit se débarrasser ou réutiliser, mais qu’il n’échangera pas. Il a aussi (par exemple) produit un champ qu’il traite avec des engrais et des pesticides, alors qu’au départ il n’y avait qu’une parcelle de forêt tropicale. Ou encore, il produit du CO2, ou d’autres gaz qui s’échappent de ses machines, ou qui émanent de ses engrais. Par cet exemple, on voit que le travail, et donc l’économie, transforment l’environnement, en plus de produire un service.

Ces transformations de l’environnement peuvent parfois toucher certaines autres personnes, qui n’ont rien à voir avec l’échange final de la canne à sucre. Par exemple, peut-être qu’une dame venait cueillir des fruits dans la forêt qui était là avant la plantation de cannes à sucre, et elle ne peut plus le faire aujourd’hui puisque la fôret a été coupée. Ou bien peut-être qu’un habitant du coin trouve que les engrais dans cette nouvelle plantation polluent l’eau qu’il boit. Ces effets sur d’autres gens que ceux impliqués dans l’échange sont appelés des externalités. Les deux exemples donnés sont des externalités négatives, car elles embêtent les gens autour. On peut aussi avoir des externalités positives, qui sont sympas pour les gens autour. Par exemple, peut-être que la nouvelle plantation a fait construire une route pour y mener, et que ça a bénéficié à d’autres gens que ceux de la plantation. Ou peut-être que les enfants qui habitent à côté de la plantation sont maintenant contents de pouvoir piquer en douce quelques tiges pour les mâchouiller et récupérer le sucre (je confirme, c’est très bon 😉 ).

Et oui, il y en a qui profitent des externalités positives ! | pixgood.com
Et oui, il y en a qui profitent des externalités positives ! | pixgood.com

Vous le voyez, l’économie est une machine gigantesque (encore un système complexe, comme le climat !), dont tout le monde est acteur (en tant que travailleur, que consommateur, ou les deux), et qui touche tout le monde par les innombrables externalités qu’elle génère. La période de l’histoire que nous vivons est particulière pour l’économie, et c’est pour cela que les théories utilisées actuellement en économie sont de plus en plus remises en cause. Ce qui est nouveau de nos jours pour l’économie, c’est que ces fameuses externalités négatives que notre système économique génère prennent beaucoup (voire trop ?) d’ampleur : l’une de ces externalités majeures, nous l’avons vu dans la section Climat, est le fameux dérèglement climatique. Une autre de ces externalités est ce qu’on appelle la crise économique. Encore une autre externalité forte est notre dépendance aux énergies fossiles, comme nous le voyons en ce moment dans la section Energie.

Bref, il faut garder à l’esprit que certes l’économie nous apporte des services en pagaille et des externalités positives, mais qu’en contrepartie il faut travailler d’autant plus qu’on propose de services, et qu’on subit certaines externalités négatives. Si la contrepartie dépasse les bienfaits, peut-on toujours dire que l’économie est à notre service, ou bien faut-il en conclure que nous sommes au service de l’économie ?

Grâce à quelles énergies le monde d’aujourd’hui change-t-il ?

Les mines de charbon, c’est vraiment du passé ? (Je ne trouve que des photos en noir et blanc)

On a vu à quel point les énergies fossiles ont été importantes dans la construction de notre monde, monde appelé « moderne » justement depuis qu’on sait utiliser efficacement ces énergies. Le « progrès » a commencé avec le charbon en Angleterre, puis il s’est rapidement propagé en Europe de l’Ouest et en Amérique du Nord, avec l’utilisation du gaz, du pétrole et (toujours !) du charbon. Mais quand on entend parler du charbon en France, on se dit que ça fait parti du passé. C’est vrai, notre dernière mine de charbon a fermé il y a fort longtemps, en 1988 ! Et il est aussi vrai qu’on n’importe quasiment pas de charbon en France. C’est donc de l’histoire ancienne chez nous… Alors sur quelle énergie repose le progrès de nos jours ? A-t-on réussi à se passer du charbon ? Et des énergies fossiles en général ?

Des mineurs du Nord-Pas de Calais, à l'époque où la France exploitait encore le charbon | http://www.nordmag.com/
Des mineurs du Nord-Pas de Calais, à l’époque où la France exploitait encore le charbon | http://www.nordmag.com/

Commençons par mettre les pieds dans le plat en disant que dans beaucoup d’autres pays, le charbon n’est pas du tout de l’histoire ancienne, c’est même plutôt de l’histoire très moderne. On parle par exemple souvent de la Chine, qui pollue comme jamais elle ne l’a fait, à cause de ses centrales à charbon.

En quelques mots, une centrale à charbon c’est un peu comme une cocotte-minute géante chauffée… au charbon. Et souvenez-vous, sur vos cocottes-minute se trouve un petit élément qui tourne quand la vapeur s’échappe de la cocotte. Et bien pour une centrale, cet élément qui tourne n’est rien d’autre qu’une dynamo qui produit de l’électricité. En bref, une centrale à charbon permet de transformer du charbon en électricité (et au passage, cela émet beaucoup de CO2 et de particules nocives pour les poumons, que les chinois respirent à longueur de journée). Et remarquez qu’avec ce système de cocotte-minute à dynamo, on peut aussi utiliser du pétrole, du gaz, du bois, de l’uranium, ou tout autre chose qui chauffe, pour produire de l’électricité.

La Chine : un mauvais élève ?

Revenons à nos moutons, comment la Chine en est-elle arrivée en quelques années à être l’un des pays les plus pollueurs du monde ? La Chine a économiquement ouvert ses frontières en 1978, suite à la mort de Mao Zedong, et c’est à partir de là que le pays a commencé à se développer à grande vitesse. Sans trop caricaturer, on peut dire qu’en quelques années la Chine a suivi le même développement que l’Europe l’a fait en 150 ans. La grande majorité de la population était rurale, et se retrouve aujourd’hui dans les usines. L’industrie tourne au charbon, l’électricité est produite au charbon. Pour avoir une idée de la taille de ce phénomène, sachez que pendant la seule année 2013, la Chine a installé une capacité à produire de l’électricité au charbon presqu’aussi grande que la capacité totale des centrales nucléaires françaises (environ 400 TWh, pour les connaisseurs) ! 😯

Pékin par beau temps, ahh ce bon air frais ! | http://www.citylab.com/
Pékin par beau temps, ahh ce bon air frais ! | http://www.citylab.com/
Et les autres pays alors ?

On pourrait se dire que la Chine va se moderniser encore plus et donc arrêter d’utiliser du charbon. En fait l’idée que le charbon n’est pas moderne est une idée fausse qu’on a en France. Chaque pays utilise l’énergie qu’il peut utiliser le plus « facilement » possible. Quand je parle de facilité, je parle sans le dire d’argent (ou plus précisément de « rentabilité économique »). Oui, c’est l’argent qui définit en grande partie ce qui est facile ou non (c’est-à-dire pas cher ou cher) pour un pays, et donc ce qui est bon ou non pour ce pays. En Chine, il y a énormément de charbon facile d’accès (c’est-à-dire peu cher pour eux), et tant que cela sera le cas, la Chine continuera à l’utiliser en priorité.

En France, lorsque nos mines de charbon n’ont plus été suffisantes pour produire l’énergie nécessaire pour la croissance désirée pour notre pays, après la seconde guerre mondiale, il a été décidé de construire des centrales nucléaires (qui ont effectivement vu le jour dans les années 1960). Cela s’est fait comme ça car on sentait que produire de l’électricité serait plus cher, et moins sûr, en faisant venir du charbon d’un autre pays plutôt que de faire venir de l’uranium. Pour tout dire, l’utilisation du nucléaire à base d’uranium était aussi un choix stratégique, car la France importait déjà de l’uranium pour fabriquer des bombes.

La Pologne, de son côté, a suffisamment de charbon sur son territoire, si bien qu’elle a toujours utilisé cette énergie pour produire son électricité. Ainsi, là-bas, prendre le train pollue plus que prendre le bus, car l’électricité qui permet au train de rouler est produite avec du charbon, ce qui, au total, pollue plus que le pétrole qui fait rouler le bus. De même, dans ce pays, la voiture électrique pollue plus que la voiture à pétrole 😯 .

La centrale au charbon de Bełchatów en Pologne | Wikipédia
La centrale au charbon de Bełchatów (avec un nom pareil, c’est forcément en Pologne) | Wikipédia

Quant à l’Allemagne, elle a elle-aussi toujours conservé le charbon, abondant chez elle, tout en développant un peu de nucléaire. Suite au tsunami sur la centrale de Fukushima, une décision politique a été prise d’arrêter rapidement le nucléaire en Allemagne. Pour compenser cette énergie en moins, l’Allemagne a développé les énergies renouvelables, principalement le photovoltaïque et l’éolien, mais a aussi ouvert de nouvelles centrales au charbon et au gaz (je reviendrai dans un prochain article sur ces fameuses énergies renouvelables, leurs forces et leurs faiblesses).

Comment les pays choisissent-ils leur énergie ?

En résumé, la manière dont les pays choisissent quelles énergies ils vont utiliser dépend de ce que cela va leur coûter, en fonction de ce qu’ils ont déjà chez eux, et en fonction du prix que leur fera payer le pays auquel ils achèteront l’énergie manquante. Sur ce dernier point, le prix, cela se complique. Le prix dépend de si le pays qui nous vend l’énergie est notre ami, mais aussi de la quantité de cette énergie que veulent les autres pays par rapport à la quantité qu’on est capable de produire dans le monde. Par exemple, la quantité de pétrole qu’a pu obtenir l’Europe baisse depuis 2006, car la Chine, l’Inde, et les autres pays qui se développent rapidement en prennent une part de plus en plus grande 😕 . Enfin, les choix énergétiques d’un pays dépendent aussi, mais de plus en plus rarement, de décisions politiques en fonction de ce que les gens pensent dans le pays (comme en Allemagne, où la population a considéré que le nucléaire était moins bon pour la société que les énergies mises en place pour le remplacer)  ou des intérêts stratégiques du pays (comme le nucléaire en France et aux Etats-Unis, historiquement lié à la bombe atomique).

Encore faut-il avoir le choix de l’énergie qu’on utilise ! Toutes les sources d’énergie ne sont pas équivalentes et ne s’utilisent pas de la même manière. En décrivant l’histoire de la révolution industrielle, on a déjà vu que le charbon ne pouvait pas être utilisé dans de petits moteurs mobiles comme ceux des voitures. Ces dernières se sont développés grâce au pétrole et au gaz. Donc pas de charbon pour faire rouler les voitures ! Ni pour faire voler les avions d’ailleurs. Les pays qui ont du charbon le réservent pour produire de l’électricité, tandis que les pays qui n’ont que du pétrole font rouler leur voiture au pétrole, et en utilisent aussi pour produire de l’électricité (c’est le cas de l’Arabie Saoudite). L’utilisation qu’on veut faire de l’énergie est donc importante dans le choix de l’énergie qu’on achète : avec du pétrole je peux quasiment tout faire, alors qu’avec du charbon je ne peux guère que faire de l’électricité (ou produire de l’acier, mais cela ne fait pas parti des énergies).

Une autre contrainte qui intervient dans le choix des énergies, c’est la facilité qu’on a à les transporter. Le pétrole se transporte facilement par giga-bateaux (les « supertankers »), ou par pipeline. C’est donc une énergie internationale, puisqu’il circule aussi bien sur terre que sur mer. Ainsi, la France achète son pétrole aussi bien à l’Afrique qu’à la Russie, ou qu’au Moyen-Orient. Le gaz est moins pratique à transporter : autant le transport est assez facile par pipeline (qu’on appelle un « gazoduc » pour le gaz), autant par bateau c’est plus compliqué, car il faut liquéfier le gaz (qu’on appelle alors du GNL, Gaz Naturel Liquéfié) pour que le bateau puisse en transporter assez (le gaz prend trop de place à l’état gazeux). Le gaz est donc plus « régional ». Par exemple, celui acheté par la France vient principalement de la mer du Nord, de la Russie, et de la Hollande, mais pas des États-Unis. Quant au charbon, il se transporte beaucoup moins, car il est moins dense en énergie, et ne circule pas facilement sur terre (et non, on n’a pas encore inventé le pipeline à charbon), si bien qu’on préfère transporter le gaz et le pétrole plutôt que le charbon. Depuis la fermeture des mines en France, notre pays n’utilise presque plus de charbon. Pour les plus motivés (et c’est en anglais), voici un schéma qui résume comment sont utilisées les différentes énergies aux Etats-Unis (mais cela illustre bien comment on utilise les énergies dans le monde).

Un cadeau surprise pour le premier qui trouve le supertanker dans cette image !
Un cadeau surprise pour le premier qui trouve le supertanker dans cette image !

Ça donne quoi au niveau mondial ?

Tout cela ne nous dit pas quel est le bilan au niveau mondial. Qui va gagner entre le Vieux Roi Charbonium, Pétrolosaurus Rex, Atomic Man et Gazy L’Impératrice ? Roulement de tambour, tadaaa :

Consommation mondiale d'énergie, répartie en type d'énergie primaire : énergies fossiles en force !! | http://www.tsp-data-portal.org/
Consommation mondiale d’énergie primaire. En rouge le pétrole, en gris le charbon, en vert le gaz, en jaune le nucléaire, et le reste représente les renouvelables. Energies fossiles en force !! | http://www.tsp-data-portal.org/

Est-ce une surprise ? On s’aperçoit que le pétrole, le charbon, et le gaz, sont loin devant tous les autres énergies : loin devant le nucléaire (Atomic Man est battu à plate couture), et aussi devant toutes les énergies renouvelables dont on nous parle tant dans les journaux !

Pourquoi parle-t-on tant des énergies renouvelables et du nucléaire alors qu’en vérité ils ne représentent rien ?

Il faut que ça bouge pour qu’on en parle !

Mon interprétation serait qu’on parle du nucléaire et des énergies renouvelables car il y a du mouvement à leur sujet, ça bouge : suite à Fukushima, l’Allemagne a subitement décidé d’arrêter le nucléaire, alors on en parle et on se demande s’il faudrait faire pareil en France. Quant aux énergies renouvelables, on en entend parler car l’Europe veut en mettre le plus possible dans sa production d’électricité. On voit par conséquent que certains pays européens (dont la France) mettent des éoliennes alors qu’avant ils n’en avaient pas. Bref, on parle de ce qui change, de ce qui bouge, et de ce qui est proche de nous. Parler de ce qui existe déjà, ce n’est pas une « nouvelle », donc ça passe mal au JT ou dans les journaux (la famine en Afrique, c’est important, mais ce n’est pas nouveau, contrairement à Nabilla qui poignarde son copain). Et parler de ce qui est loin de nous, ça ne fait pas d’audimat, car les gens s’intéressent surtout, et c’est humain, à ce qui peut leur servir directement dans la vie (un dangereux tueur en Argentine ne fait pas le même effet dans les journaux que le même tueur à Paris ! Et Nabilla, ou le foot, ça fait de très bons sujets de conversations avec les copains 😉 ).

C’est un sujet tellement important que ça fait peur !

Mais au final, si on va un peu plus loin, on s’aperçoit que personne ne parle du pétrole peut-être aussi parce qu’il reste irremplaçable dans les transports (il y a bien sûr les voitures électriques, mais elles sont encore trop chères pour pouvoir remplacer les voitures au pétrole. On parlera aussi plus tard d’autres problèmes sérieux concernant la voiture électrique, qui laissent penser que l’électricité ne remplacera pas le pétrole facilement), et donc rien ne change à son sujet : tout le monde en consomme toujours autant et en a toujours autant besoin. Seul son prix varie, et c’est de cela qu’on parle un peu au sujet du pétrole.

Personne ne parle du charbon non plus car il n’y en a plus chez nous et ça, ça ne change pas. On en entend parfois parler avec la pollution en Chine, ou l’arrêt du nucléaire en Allemagne, mais c’est assez loin de nous, alors ça ne va pas plus loin. Et enfin, on parle très peu du gaz, malgré la relation entre l’Europe et la Russie, qui repose en grande partie sur le gaz que l’Europe achète à la Russie.

Le sujet des énergies fossiles est tellement important d’un point de vue géopolitique que c’en est un sujet très sensible et délicat à traiter. Et oui, ces énergies représentent plus de 90% de l’énergie consommée dans le monde, et on sent bien que la bonne santé de l’économie, et donc de nos emplois et de notre pouvoir d’achat en dépend grandement ! Les informations à ce sujet peuvent donc être de mauvaises nouvelles pour notre économie, ce dont les grands journaux n’aiment pas trop parler. Avez-vous entendu parler de ce contrat d’achat de gaz par la Chine à la Russie, d’une valeur de 400 milliards de dollars, pour les 30 prochaines années ? 😯 C’est une information très importante, mais aussi très délicate à traiter, car elle concerne notre relation avec la Russie et notre consommation de gaz à tous.

Et oui la Russie fournit 44% de notre gaz européen, vaudrait mieux pas que Poutine ferme le robinet !
Et oui la Russie fournit 44% de notre gaz européen, vaudrait mieux pas que Poutine ferme le robinet ! | http://euromaidanpress.com/

L’utilisation de l’énergie dans le monde est toujours essentiellement basée sur les énergies fossiles, comme au début de la révolution industrielle. On en parle peu, on n’en débat pas, car on a l’impression que le sujet des énergies fossiles ne bouge pas vraiment, et car au fond lorsqu’on commence à y réfléchir, cela fait un peu peur. Cela pose évidemment plusieurs problèmes, qui m’ont d’ailleurs motivé à commencer ce blog : les énergies fossiles ne sont pas renouvelables, et il arrivera un jour où on en aura de moins en moins (ce qui est déjà le cas pour le pétrole et le gaz en Europe par exemple) ; l’utilisation de ces énergies émet du CO2, ce qui dérègle notre climat ; et enfin, les quantités utilisées sont telles que les remplacer par d’autres énergies est une mission impossible à laquelle il faut s’attaquer au plus vite (et pas sûr que Tom Cruise puisse nous aider pour celle-ci…).

Vous trouvez que le monde change vite vous ?

Vous vous êtes sûrement déjà demandé pourquoi le monde était plein de voitures, de camions, de smartphones, d’ordinateurs, de machines à laver, ou d’avions… Pas vrai ? Vous vous êtes aussi peut-être déjà demandé pourquoi tant de gens mangent de la viande à tous les repas, pourquoi les gens s’achètent en moyenne 5 paires de chaussures chaque année, et pourquoi à Noël on reçoit tant de jouets électroniques. Quand j’en parlais avec mes grands-parents, j’étais ébahi de voir que eux, ou leurs parents, quand ils étaient petits, mangeaient de la viande seulement pour les grandes occasions, recevaient des oranges pour Noël, et gardaient leur paire de sabots le plus longtemps possible. A l’époque je me disais que c’était parce que mes grands-parents étaient vraiment très vieux, et avaient donc vécu à une époque très lointaine. Mais maintenant je réalise que ce n’était pas il y a si longtemps que ça. Comment est-il possible que le monde ait changé aussi vite ? 😯

Avant, le monde était un peu « mou »

Mon grand-père m’expliquait que c’était le « progrès ». D’après lui, le progrès était quelque chose de naturel, qui arrivait grâce au génie humain, et qui continuerait à l’infini. Cool la vie quoi ! Mais quand j’ai regardé par moi-même de plus près comment le progrès avait débuté, je me suis aperçu que c’était beaucoup grâce… au charbon ! Bien sûr, et c’est là-dessus que mon grand-père avait un peu raison, l’intelligence humaine a été capable de trouver quoi faire avec ce charbon.

Au début de cette histoire (en 1700), les anglais se chauffaient déjà avec du charbon, mais ils n’en faisaient pas grand-chose de plus. Ils exploitaient le charbon en surface, mais petit à petit ce charbon facile à récupérer commença à manquer en Angleterre. Alors des mines de plus en plus profondes furent creusées. Le problème, c’est que plus elles étaient profondes, plus elles se faisaient inonder par l’eau souterraine. Le tout début du « progrès », ça a en fait été l’invention d’une pompe très basique qui fonctionnait au charbon, et qui servait à vider l’eau des mines. Cette invention est arrivée en 1711 (si vous voulez vous la raconter avec les dates).  Le génie de celui qui a inventé ça a été de trouver un moyen de faire bosser du charbon… à sa place ! 😎 Bon ce n’est pas tout à fait vrai : les mineurs faisaient plutôt travailler des chevaux à leur place pour remonter l’eau, à l’aide de roues à eau. La pompe remplaçait donc les chevaux. D’autres mines voulurent la même chose, si bien que 75 pompes furent installées les cinquante années suivantes (pas très rapide tout ça…).

Comment le monde s’est repris en main (parce que c’est pas bien d’être mou comme ça !)

Evidemment, des gens intelligents ont amélioré la pompe, et d’autres gens intelligents ont trouvé que cette pompe améliorée irait bien avec des roues, et pour que tout ça roule, ils mirent leur invention sur des rails. Cette invention (le premier train) servait à transporter le charbon dans les mines (comme le train de la mine à Disneyland Paris !). Et c’est à partir de ce moment (1803) que tout s’est accéléré. Des rails ont commencé à fleurir hors des mines (non non, pas tous seuls : il a d’abord fallu trouver assez de fer, et de charbon pour fondre le fer et le transformer en rails et en trains). Des gens ont trouvé comment rendre le fer plus résistant, en lui insufflant de l’air brûlant qui passe d’abord dans du charbon (ce qui utilise encore plus de charbon). Puis d’autres gens ont commencé à utiliser le gaz, qu’on trouvait aussi dans les mines de charbon, et qui brûlait très bien. Ils s’en servirent comme carburant pour des moteurs avec des roues, mais qu’ils mettaient sur les chemins cette fois-ci  : la voiture était inventée. Comme le gaz explose, il dégage plus d’énergie et ça permet de faire des moteurs plus petits qui vont sur les chemins et qui sont moins lourds que les grosses locomotives au charbon. Et enfin, d’autres gens se sont aperçu qu’on pouvait aussi utiliser du pétrole dans le même genre de moteurs. Le pétrole était déjà connu à l’époque, mais il servait juste à s’éclairer, dans les lampes à pétrole.

C’est à peu près à la même époque qu’on a commencé à produire de l’électricité. Là encore, le charbon était dans le coup, puisque c’est en le brûlant qu’on faisait tourner les dynamos géantes qui produisaient l’électricité. Bref, on a bau dire que le génie humain a tout fait, il faut quand même rendre un bel hommage à notre ami le charbon, qui nous a filé un bon coup de pouce ! 😉

Le charbon est encore notre ami, on a toujours besoin de lui ! Ici, c'est une mine en Allemagne.
Le charbon est encore notre ami, on a toujours besoin de lui ! Ici, c’est une mine en Allemagne. Regardez le petit bulldozer tout mignon à côté de cette machine !

Le monde change de plus en plus vite !

Alors qu’a-t-on fait de tout ça ? Et bien la première chose, c’est que les agriculteurs qui bêchaient à la main ou à l’aide de leurs bœufs et de leur charrue ont pu les remplacer par des charrues qui fonctionnaient au pétrole (des tracteurs, des moissonneuses-batteuses…). Et là, comme par magie, il y avait trop d’agriculteurs ! Il faut dire qu’à l’époque, deux personnes sur trois travaillaient dans les champs. Avec l’aide du pétrole qui permettait d’aller beaucoup plus vite qu’avec les bœufs, un fermier suffisait pour un grand champ alors qu’auparavant il en fallait plusieurs, et avec leurs bœufs. Petit à petit, quasiment tout le monde arrêta le travail agricole et alla vivre dans les villes. Ces gens se mirent à travailler dans les usines qui produisaient les voitures, mais aussi les habits, et de plus en plus d’objets de la vie de tous les jours : aujourd’hui, seul un français sur trente travaille aux champs ! Bien sûr, les usines fonctionnaient avec de l’électricité produite au charbon, ou bien les machines fonctionnaient directement avec du charbon.

Les villes ont grossi avec l’arrivée de ceux qui n’étaient plus au champ, les usines accueillaient de plus en plus de monde. Il fallait des personnes pour réfléchir à comment coordonner tout ça, à comment améliorer le fonctionnement des usines, à comment mieux concevoir les objets produits etc. Il fallait aussi des gens pour vendre tout les nouveaux produits, pour en faire la pub, pour en faire les emballages,et  pour prêter de l’argent à tous ceux qui voulaient se lancer dans un business… En bref, le charbon a permis de faire passer les gens des champs au bureau ! Si c’est pas un changement énorme ça ! 😯

Ci-dessous un petit résumé en 20s de tous les changements du monde :

Alors, c’est grâce à qui tout ça ?

Comme vous l’avez compris, toutes ces avancées au cours de l’Histoire ont nécessité beaucoup de charbon pour construire les bâtiments, les routes, toutes les machines, puis toutes les usines, les magasins, les camions, etc, qui nous permettent d’avoir beaucoup de services et de consommer beaucoup. Il faut aussi de l’énergie pour alimenter toutes ces machines, ces bâtiments, etc, au jour le jour. Cette énergie venait du charbon au départ, puis de plus en plus du pétrole (pour faire rouler les voitures et voler les avions) et du gaz (pour faire de l’électricité). Ce trio magique (charbon, gaz, pétrole), on les appelle « les énergies fossiles », car ils sont formés à partir d’êtres vivants des temps anciens qui sont morts et se sont décomposés et transformés d’une manière particulière, comme des fossiles.  Sans ces énergies, nous en serions toujours à bêcher nos champs à la force de nos bras et de nos boeufs, et à nous chauffer au bois !

La magie du charbon, du gaz, et du pétrole, c’est qu’ils donnent beaucoup d’énergie en comparaison à ce qu’on avait avant, et, en plus, il la donnent plus vite. Pour bien se rendre compte de l’énergie qu’ils contiennent, il faut se dire qu’un litre de pétrole permet à nos voitures de parcourir en gros 20 km. Oui oui, une bouteille de 1L de pétrole permet de remplacer un type qui pousse une voiture sur 20 km ! Plutôt efficace hein ? 😯 On dit que ces énergies sont très « concentrées » (c’est-à-dire qu’une petite quantité de charbon, de gaz, ou de pétrole, donne beaucoup d’énergie). C’est grâce à cela qu’on a pu imaginer des machines qui les utilisaient, et qui étaient bien plus fortes que les hommes. Ces énergies ont ainsi progressivement remplacé les hommes et les animaux dans l’agriculture, dans le transport, et dans les usines. Elles ont aussi permis de remplacer les femmes dans les foyers, grâce à la machine à laver, et aux robots ménagers de tous types. Et la liste des changements qui sont arrivés grâce aux énergies fossiles est sans fin.  Certains font même l’hypothèse que l’esclavage a été aboli en Europe et aux Etats-Unis (entre 1815 et 1865) parce que ce n’était plus rentable face aux énergies fossiles ! Presque tout dans notre monde moderne a été façonné par les énergies fossiles, et presque tout a besoin d’elles pour fonctionner.

Un tracteur à Cuba, pays en manque de pétrole à cause de l'embargo américain...
Un tracteur à Cuba, pays en manque de pétrole à cause de l’embargo américain… Faut faire travailler les muscles !

Au final, si on regarde qui bosse vraiment pour créer du « progrès », on s’aperçoit que c’est beaucoup le charbon et les autres énergies fossiles. D’ailleurs, en science, dès que quelque chose change, on dit que de l’énergie a circulé, et c’est d’ailleurs comme ça qu’on définit l’énergie : l’énergie, c’est ce qui circule quand on observe un changement. Par exemple, quand je roule sur mon vélo, mon vélo et moi changeons d’endroit. C’est en fait l’énergie des aliments que j’ai mangé et l’énergie de l’air que je respire qui se transforme en énergie musculaire, puis en vitesse. L’énergie circule donc des aliments et de l’air, vers mes muscles, puis dans le vélo.

Le génie humain est finalement là pour trouver comment faire des changements autour de nous, mais en utilisant autre chose que l’énergie de nos propres muscles. Le génie a donc libéré du temps à ceux qui faisaient travailler leurs muscles toute la journée… par exemple pour qu’ils (et elles) finissent devant un ordinateur ! Est-ce du progrès, comme le disait mon grand-père ? Ceci est une vaste question philosophique, sur laquelle vous aurez sûrement votre propre avis 😉

Introduction à la psychologie du climat (Waa le titre stylé)

Hé, t’as compris la partie sur Le Climat toi ? :roll:

Suite à la lecture des articles sur le climat, je vous propose une petite pause, parce qu’on a fait un grand pas : il n’est pas donné à tout le monde de faire le lien entre acheter un iPhone (ou manger du bœuf) et le dérèglement climatique 😉 . En fait, la partie climat de ce blog nous a fait prendre conscience de certaines conséquences de nos comportements. Et ça, je pense vraiment que ça nous rend un peu plus libre (et c’est aussi pour ça que j’écris pour vous 😉 ) ! Cette idée de liberté me paraît importante, et voici comment je l’expliquerais à l’aide d’un exemple de la vie de tous les jours :

Imaginons que j’aime beaucoup embêter le gros Bobby à la récré, mais qu’à la fin de la récré, il me casse toujours les dents parce qu’il en a marre. Si je n’arrive pas à comprendre le lien entre l’action  d’embêter Bobby et le fait de me faire casser les dents, et bien je n’arrive pas à me retenir d’embêter le gros Bobby… et je me fais encore casser les dents (et mon dentiste se frotte les mains). Par contre dès que je fais le lien entre les deux évènements (Eurêka ! 💡 ), alors je peux décider de me retenir et de ne plus manger mes dents à la récré.

Faut pas embêter Bobby !
Faut pas embêter Bobby !

Eurêka !!

Même si un lien existe entre nos comportements (embêter Bobby) et leurs conséquences (aïe mes dents !), il n’est pas sûr qu’on comprenne ce lien. On peut ne pas le voir, ne pas le ressentir, bref, ne pas comprendre la situation.

L’expérience…

Dans le cas de Bobby, il est facile de comprendre qu’il se venge car je l’ai embêté. Mais ma capacité à faire ce lien dépend clairement de si Bobby me casse les dents à chaque fois que je l’embête ou non (si à chaque fois que je l’embête il me frappe, je vais vite comprendre), et de s’il me casse régulièrement les dents sans que je ne lui ai rien fait (ba oui, s’il me frappe que je l’embête ou pas, je ne vais pas me dire que c’est le fait de l’embêter qui le mène à me frapper 😕 ). Faire le lien dépend aussi du temps qui s’écoule entre le jour où j’embête Bobby et le jour où il se venge (s’il attend l’année suivante pour se venger, j’ai vraiment du mal à me souvenir que c’est parce que je l’avais embêté l’année précédente !). Ces deux facteurs (la probabilité que la conséquence de mon action se produise, et le temps qui s’écoule entre mon action et ses conséquences) sont valables pour tous les êtres humains, et tous les animaux. Ce sont deux facteurs universels pour expliquer comment les animaux font le lien entre leurs actions et les conséquences de leurs actions.

Ce lien entre action et conséquence, c’est exactement ça qu’on appelle le « lien de causalité », ou le « lien de cause à effet » ! Si, quand j’embête Bobby, la probabilité qu’il me casse les dents peu de temps après, augmente (bien sûr, comparé à si je ne lui avais rien fait de spécial), alors mes neurones « se connectent », et je fais un lien entre les deux événements. Un scientifique dirait qu’il y a un lien de causalité entre les deux, et moi je dirais « J’ai compris ! 😎 ». On peut même ajouter que j’ai compris par mon expérience personnelle, car c’est moi qui me suis pris les coups !

…Ou l’éducation

Pour réussir à comprendre ce lien, on peut aussi se le faire expliquer par quelqu’un d’autre qui l’a déjà compris. Par exemple, mon copain de récré Kévin peut m’avertir que la dernière fois qu’il a embêté Bobby il s’est pris une raclée. Il peut aussi m’avertir par écrit, avec une subtile boulette de papier en cours de maths. Ou encore, il peut l’écrire sur son blog (et oui, je m’inspire de mon pote d’enfance Kévin, quand je me lance dans un article 😉 ) ! Ainsi, dans ce blog, j’espère au moins vous apporter la liberté de révéler certains liens entre nos comportements et leurs conséquences. Parfois, ces liens sont lointains, difficilement visibles au premier coup d’œil, et pourtant ils ont une grande importance pour notre futur ! Quand j’ai compris un lien grâce à quelqu’un d’autre (par l’oral ou par l’écrit), je dis que j’ai compris par l’éducation, et donc sans me prendre les coups :) .

http://www.tnooz.com/article/where-do-travel-startup-ideas-come-from/
J’étais mimi à l’époque, quand je comprenais quelque chose ! :)

Les adultes responsables…

Quand j’étais gamin et que j’embêtais Bobby, les adultes disaient que je n’avais pas une conduite très responsable. Forcément, c’était parce que je n’avais pas bien compris la conséquence de cet acte ! Les adultes, très sages (et la loi) disent qu’on est responsable quand, justement, on comprend les conséquences de nos actes, et donc qu’on a la liberté de choisir quoi faire en sachant ce que cela va produire. Parfois, nos choix sont difficiles à prendre. C’est le cas du choix que nous avons concernant le climat : continuer de consommer du bœuf, de prendre l’avion, ou bien avoir un climat sympathique dans le futur ? Dans cette situation là, les sages adultes répondent calmement « Il faut que tu te fixes des priorités, si tu veux réussir dans ta vie : qu’est-ce qui est plus important pour toi ? ». Et oui, après nous avoir responsabilisé, les sages adultes vont encore plus loin en nous poussant à aller vers la bonne décision pour nous sur le long terme. Même si nous avons compris le lien entre nos comportements et leurs conséquences, il n’est pas si facile de faire le meilleur choix pour le long terme. Les prochains articles parleront de ce palpitant dilemme !

Alors, on se bouge ?? Heu… Qui ça, « on » ?

Vous avez sûrement déjà vu à la télé, ou entendu parler, des conventions sur le changement climatique. La plus connue, c’est celle de Kyoto, qui a donné le fameux protocole de Kyoto. L’année prochaine, en 2015, le France sera la grande star du climat, car la convention annuelle se tiendra à Paris :) … Et comme les chercheurs sont de plus en plus sûrs que notre climat va s’énerver très sérieusement, ils disent qu’il faut vraiment, mais alors vraiment, faire quelque chose de grand pour ralentir le changement climatique.

La dernière convention climat en date (2013), à Varsovie | Wikipedia
La dernière convention climat en date (2013), à Varsovie | Wikipedia

Les hommes politiques vont nous sauver ! :)

L’idée de ces « conventions climat », c’est que les pays du monde entier se réunissent, s’asseyent autour d’une table, et essayent de trouver des solutions pour limiter le changement climatique. C’est déjà bien de voir que la majorité des pays ont conscience qu’il vaudrait mieux ne pas trop jouer avec le climat, et qu’ils écoutent un minimum les chercheurs. Nos politiques savent bien que le changement climatique peut devenir un gros problème, et c’est un bon point. Par contre, à chaque fois, on a l’impression que leur réunion cafouille, qu’ils ne sont pas capables de se mettre d’accord, et qu’au final ça ne donne rien. Alors on en conclut que nos politiques sont incompétents, ou alors on dit que c’est à cause de la Chine et des Etats-Unis qui veulent toujours plus polluer sans jamais rien payer, qui ne veulent pas faire d’effort…

Heu moi, faire un effort ??

Effort, effort… 😕 Tiens, qui a parlé d’effort ? Oui, on a toujours comme l’impression qu’il faut faire un petit effort pour émettre moins de CO2… C’est un peu comme quand ma maman me disait toujours d’éteindre la lumière quand je sortais d’une pièce : finalement c’était un effort (OK, un petit effort, mais quand même !). Cet effort, on a aussi commencé à le deviner quand je suis allé acheter mon ordi à la FNAC… Revenons là-dessus : on avait dit que lorsque j’achetais un ordi, c’était comme si j’avais déjà émis 1000 kg de CO2 dans l’atmosphère. On avait aussi dit que presque tout ce qu’on consommait émettait du CO2 dans l’atmosphère. A ce moment, on n’avait pas insisté là-dessus, parce qu’on ne se doutait pas encore que c’était la cause principale du changement climatique. Mais maintenant, on dit que si on veut limiter le changement climatique, il faut consommer moins…

Consommer moins…

Comment ça moins ? Et moins de quoi.. ? De tout ?? Alors il faudrait manger moins par exemple ?? :roll: Et bien la question n’est pas si bête.

Le grand méchant CO2

Et si produire de la nourriture émettait beaucoup de CO2 ? Déjà, on sait qu’il faut de gros tracteurs (au pétrole) pour labourer, pour semer les céréales dans les champs, puis pour les récolter. Il faut aussi des camions pour les amener là où elles seront mangées. Mais ce n’est pas tout ! Pour l’instant, je n’ai parlé que du grand méchant CO2, mais vous savez sûrement déjà qu’il existe d’autres gaz qui augmentent l’effet de serre. Le CO2, et tous ses amis qui eux aussi font augmenter l’effet de serre de l’atmosphère, sont appelés les « gaz à effet de serre » (bien trouvé, non ? 😉 ).

Dark N2O et Lord Voldeméthane

Il se trouve que lorsqu’on met des engrais dans les champs, cela dégage un gaz à effet de serre puissant (300 fois plus « déréglant » pour le climat que le CO2 !), le « N2O ». Mais là encore, ce n’est pas tout, car il existe un troisième gaz à effet de serre primordial dans l’agriculture : le méthane. Vous savez, celui que les bovins émettent gracieusement tout au long de leur vie ! Ce gaz est 24 fois plus « déréglant » pour le climat que le CO2, et les bovins en émettent beaucoup pendant leur digestion. Pour chaque aliment, on peut faire un bilan des gaz à effet de serre émis, et on s’aperçoit que certains aliments dérèglent beaucoup le climat, et d’autres peu… Tout dépend de ce qu’on mange ! Reprenons l’exemple d’un bœuf. Pour avoir un beau bœuf de 900 kg, il faut le nourrir avec 15 fois plus de céréales que son poids en viande (c’est-à-dire 13 tonnes et demi de céréales !). On voit donc que manger un kilo de bœuf participe au moins 15 fois plus au changement climatique que manger 1 kilo de céréales… Et la, ça commence à compter ! Si en plus on compte le méthane que notre bœuf émet, ça ajoute plus de 2 fois l’effet de serre d’uniquement cultiver les 13 tonnes de céréales ! 😕 Donc on peut dire que oui, manger du bœuf participe au changement climatique…

Ou plutôt, consommer différemment

Rassurez-vous, on pourra toujours manger, mais pas forcément comme on le fait aujourd’hui. En fait, pour chaque aliment, on peut faire des mesures et des calculs pour voir combien sa production émet de gaz à effet de serre. En comparant les émissions de différents aliments, on peut facilement voir ce qui participe vraiment au changement climatique, et ce qui ne participe pas beaucoup (regardez le beau graphique ci-dessous qui montre la quantité de gaz à effet de serre émis pour produire un kilo de chaque aliment). Par exemple, on voit que partager un kilo de rôti de veau avec des amis émet autant d’effet de serre que 180km en voiture (le veau est le pire du pire, mais ça fait quand même beaucoup) !

On part en Normandie ou on se fait un bon rôti de veau ? | http://www.manicore.com/
On part en Normandie ou on se fait un bon rôti de veau ? | http://www.manicore.com/

Le courage politique au XXIème siècle

Donc là, on commence à deviner que vraiment tout ce qu’on consomme participe aux émissions de gaz à effet de serre… J’en profite pour revenir à ma question initiale : est-ce que ce sont vraiment nos hommes politiques qui sont mauvais, ou bien est-ce qu’ils ont compris que dans le fond, s’ils décident pour nous, lors d’une convention climat, qu’il faut prendre soin de notre climat, alors ça va changer une grande, que dis-je, une énorme partie de notre vie ? Je pense que s’ils prenaient ce genre de décision entre eux, on ne serait pas forcement contents, après coup, de voir ce que ça voulait dire dans la réalité de nos vies… Parce que oui, en regardant les deux exemples que j’ai donnés (l’ordi, et le bœuf), on voit que si les politiques décident de réduire le émissions de CO2 des français, alors il va falloir d’une manière ou d’une autre nous empêcher d’acheter trop d’ordis, et nous empêcher de manger trop de bœuf !

Et clairement, on n’aime pas trop quand on nous empêche de faire des choses, pas vrai… Et quand on n’aime pas trop ce que les hommes politiques nous imposent, on fait des manifestations, et on ne les réélit pas 😉 . Et voila, vous comprenez maintenant pourquoi les conventions sur le changement climatique cafouillent toujours, et continueront de cafouiller pendant longtemps ! Tellement longtemps qu’il ne faut certainement pas compter sur les conférences internationales pour aider notre climat à ne pas dégénérer, pas même la fameuse conférence à Paris en 2015… Ce que je crois, c’est que nos hommes politiques ne se bougeront que quand ils verront qu’on se bouge de nous même. Ça s’appelle le courage politique moderne 😉

Préavis de grève de notre climat

Le climat, c’est un peu comme la météo non ?

J’ai déjà raconté ici que les chercheurs en climat prévoyaient des événements un peu plus précis que juste une augmentation de température moyenne de l’atmosphère. En 2001, ils prévoyaient pas mal de choses qui sont déjà en train d’arriver. Attention, quand je dis prévoir, c’est plutôt donner les grandes tendances. D’ailleurs, que peuvent nous apprendre les chercheurs en climat ?

Le climat, c’est voir les choses en grand, et sur la durée

En gros, ce que les chercheurs peuvent nous dire avec assurance pour le moment, ce sont des phrases du genre « les ouragans seront plus puissants dans 20 ans qu’aujourd’hui ». Ils ne sont pas capables de dire « le 12 juin 2025, il fera 3°C de plus que le même jour en 2008 ». Pourquoi ? :roll: Parce que cette phrase est très précise sur l’instant de l’événement (c’est un jour précis). Les chercheurs en climat ne peuvent avoir des idées que sur une année complète ou sur une saison au moins. Par exemple, ils peuvent dire « en moyenne, l’année 2025 sera plus chaude de 2°C que l’année 1990 ». De même, ils ne peuvent pas nous éclairer sur ce qu’il se passera dans un endroit précis. Les chercheurs ne peuvent nous donner pour le moment que des informations utiles sur de grandes régions du monde, et sur de longues périodes de temps, par exemple « sur tous les continents, il y aura plus de vagues de grande chaleur en 2023 qu’en 2014 ». C’est la différence entre la science du climat et la science de la météo.

Justement, j’entends souvent les gens me dire qu’il est impossible de prévoir le climat dans 2 ans parce que même les pros de la météo sont incapables de prévoir la météo dans 15 jours. Frais ou veau ? Heu pardon : vrai ou faux ? 😛 Un exemple pour vous faire comprendre la nuance entre la météo et le climat : je peux prédire, et être sûr de moi, que dans 2 ans, le mois de juillet en France sera plus chaud en moyenne que le mois de décembre (bon ok c’est pas un scoop!). Et pourtant je suis incapable de prédire la météo précise à Paris le 14 juillet 2016 ni le 25 décembre 2016.

En gros, la base de la base de la science du climat, c’est de s’apercevoir qu’en Europe il y a quatre saisons qui reviennent régulièrement (chaque année). Je suis incapable de prédire la météo de l’année prochaine, mais je sais bien à quelle période il faudra que je plante mes tomates pour avoir plus de chances qu’elles poussent bien (de mi-avril à mi-mars, comme chacun sait 😉 ). Et ceci est possible parce que, dans les grandes lignes, j’aurai le même climat que les années d’avant. Les gens curieux ont essayé de comprendre pourquoi ça se passait comme ça, puis l’étude du climat est devenu une science. La météo, c’en est juste une autre 😉 .

Mais quand Martine va-t-elle devoir planter ses tomates, avec toutes ces saisons ?
Houla, mais quand Martine va-t-elle devoir planter ses tomates, avec toutes ces saisons ?  :S
Pourquoi des gens se cassent la tête à étudier le climat, au lieu de siroter des mojitos sur la plage ?

Comme vous pouvez le voir, les prédictions sur le climat ne paraissent pas très précises au premier abord, et on peut se dire qu’on ne va pas en faire grand chose… C’est vrai quoi, avec ce genre de phrases sur des moyennes, je ne peux pas savoir si chez moi, sur ma maison, il y aura une grosse tempête l’année prochaine, et donc je ne sais pas s’il faut que je renforce ma toiture… En fait, ça peut être très utile, même si ce n’est pas ultra précis (déjà, ça permet de savoir quelle époque de l’année est la meilleure pour visiter l’Argentine par exemple). Et puis la science du climat permet de sentir comment le climat change, et ça permet de voir si ça nous plait ou pas. Et comme ce sont nos activités qui créent le changement climatique, on a la chance de pouvoir choisir si oui ou non on continue comme ça !

Le climat va-t-il se mettre en grève ?

Comme on l’a déjà vu, ce ne serait pas une bonne nouvelle du tout si notre climat se mettait en grève.

Alors que prévoient les chercheurs, au juste ? On va rester du côté de chez nous pour répondre : en France, ils prévoient que les tempêtes seront plus extrêmes, et qu’il y en aura plus souvent ; ils prévoient qu’il pleuvra globalement plus en hiver, et moins en été ; et ils prévoient aussi plus de vagues de canicule 😕 .

Le cycle de l’eau bosse de plus en plus…

Mais au lieu de faire un catalogue précis de ce que les chercheurs prévoient, essayons de comprendre d’où ces prévisions viennent. L’idée principale derrière ces prévisions, c’est que le cycle de l’eau sera plus intense et plus rapide. Vous vous souvenez du cycle de l’eau, qu’on apprenait en primaire ? Le petit dessin qui montre comment l’eau s’évapore des océans et des terres, puis qu’elle forme des nuages, puis que les nuage pleuvent ou neigent, et que l’eau retourne sur la terre, puis dans les océans, lorsque la neige fond et que tout part dans les rivières. Et bien ce sera le même dessin, sauf que les flèches de l’évaporation seront beaucoup plus grosses, et que la pluie sera beaucoup plus grosse aussi.

Haa, les bons souvenirs de primaire : le cycle de l'eau :)... Ca me donne soif !
Haa, les bons souvenirs de primaire : le cycle de l’eau :)… Ca me donne soif !
Et au final c’est notre service climatique gratuit qui se met en grève !!

Et finalement, c’est logique : avec l’effet de serre, il y aura plus de rayons qui frapperont les terres et les océans, et donc il y aura plus d’eau qui s’évaporera dans l’atmosphère. Dans les zones sèches où l’eau s’évaporait déjà beaucoup, elle s’évaporera encore plus, et il y aura plus de sécheresses. Dans les zones humides où il pleuvait déjà beaucoup, les pluies seront encore plus grosses parce que plus d’eau se sera évaporée des océans et des continents. Et c’est pareil pour les saisons : en été, il fera encore plus sec, et en hiver, on aura plus d’inondations. C’est un peu comme si les inégalités climatiques se creusaient 😕 .

Bon tout ça ne présage rien de bon… Les chercheurs nous annoncent des choses pas forcement très joyeuses, et on commence à voir, autour de nous et aux infos, que ce qu’ils annoncent commence déjà à se ressentir. On sait aussi que si on décide d’arrêter tout ça, il faudra plus de 150 ans avant que ça se calme… Mais de l’autre côté, on peut se dire que continuer comme si de rien n’était ne ferait qu’empirer les choses. Alors que faire? Toutes ces infos donnent l’impression qu’il vaut mieux ralentir le changement climatique. Mais est-ce si facile ?

%d blogueurs aiment cette page :